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Suzi Pilet

Suzi PiletLa photographe Suzi Pilet qui fêtait ses 90 ans en 2006 était reçue par la ville de Lausanne. Image: Janine Jousson

La photographe lausannoise a aimé la vie, l’image, les mots et la liberté. Elle aurait eu 101 ans en avril. Elle laisse au Musée de l’Elysée un fonds imposant.

Les jeunes filles d’aujourd’hui, de toutes cultures, devraient se pencher sur la vie de Suzi Pilet, qui vient de mourir à près de 101 ans, car elles y trouveraient sans doute un encouragement à l’épanouissement, à la créativité, à l’imagination, à la liberté d’être et de faire. Celle que l’on connaît, et c’est logique, surtout comme photographe, a suivi son chemin sans jamais trahir son bien le plus précieux: son indépendance, sa liberté.

Pour vivre, elle fut pendant des décennies une portraitiste de haut niveau. Prises de vue. Développement. Tirages. Du travail. Dans son atelier de la rue du Grand-Saint-Jean à Lausanne, combien d’adultes et d’enfants ont-ils pris la pose, ou pas de pose, juste leur éclat naturel, pour être immortalisés par Suzi Pilet? Et dans la rue, ici et là, combien sont-ils à ne l’avoir même pas vue saisir une scène, un regard, quelque chose qui allait droit à sa sensibilité? «Souvent, je cache mon appareil. Pour ne pas faire intrusion.»

Des idées en pagaille


La photographie, pour elle, était «une respiration indispensable.» Elle lui permettait de montrer ce qu’elle ressentait intérieurement. Les gens, mais aussi les pierres, les bois, les rochers, qu’elle animait à sa manière après la prise de vue. Car une photographie n’était pas, pour elle, une fin en soi, une création aboutie: elle découpait, détourait, assemblait, superposait, pour inventer encore et toujours.

Ce tempérament fertile et si créatif la mena, en compagnie d’un des hommes de sa vie, Alexis Peiry, chanoine défroqué, écrivain gruérien, à donner vie à Amadou, petite poupée de jute et de laine, de trois fois rien. Alexis racontait les histoires, Suzi Pilet emmenait la poupée dans la nature, en montagne, en forêt, au bord de l’eau, pour lui fabriquer avec son Rolleiflex 6x6 une vraie vie dans un vrai monde. Les livres d’Amadou, que la Joie de Lire a la bonne idée de rééditer depuis quelque temps – il en reste deux à venir – connurent un succès assez phénoménal en Suisse romande dans les années 1960-1970.

«L’amour, c’était tout pour elle.»


Sylvain Frei, historien de l’art et président de l’Association des amis de Suzi Pilet, salue «une femme libre, une artiste généreuse et altruiste, éprise de création.» Et il se réjouit que son œuvre soit valorisée, peut-être par le biais d’une exposition, un jour, dans le Pôle muséal. Cela prendra du temps, car le fonds – des piles et des piles de photos et de négatifs – que Suzi Pilet a laissé au Musée de l’Elysée doit être exploré, traité, archivé. Il en ressortira, c’est certain, le tempérament, le souffle vivant de Suzi Pilet, qui fut l’amie de Corinna Bille, de Chappaz, de la poésie, des mots.

D’ailleurs, elle publia en 1980, entre autres livres, un très remarqué – devenu presque introuvable aujourd’hui – recueil de vingt-cinq lettres à Saint-Exupéry, qui lui-même avait écrit des missives d’amoureux transi. Le titre: La trinité se passe, vingt-cinq lettres à Saint-Exupéry. Eliane Vernay, qui publia Suzi Pilet à l’époque, salue celle qui devint une amie, et cite cet extrait: «Nous sommes faits pour vivre par les autres, et non les uns à côté des autres.» Bonne nouvelle, Eliane Vernay, en hommage à Suzi Pilet, envisage de rééditer ce qu’elle décrit comme «un ordre de marche du cœur. Car l’amour, c’était tout pour elle.» Un hommage lui sera rendu au Sacré-cœur, à Ouchy.

(24 heures)

Avis de décès

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24 Heures le 24 janvier 2017

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Francoise Burri
J'ai rencontré Suzi Pilet enfant par le biais de ses livres Amadou. Ma tante, liée avec une de ses parentes, me les avait tous offerts, dédicacés, et nous avions été en chercher un dans son studio. Ensuite, j'ai adoré cette figure que l'on rencontrait souvent de par Lausanne... Une fin d'année, j'étais allée voir le film "Tango" à deux reprises tant il m'avait plu... Suzi était là les deux séances et je me suis approchée d'elle... Nous avons eu une délicieuse conversation sur le thème "Quand on aime on ne compte pas". Elle a fait les choses qu'elle aimait avec les gens qu'elle aimait. Quelle femme magnifique!


Annelise Cheseaux
Nous savons que vous êtes durement éprouvés par la perte d'un être aimé. En ces heures sombres de votre vie, vous êtes dans toutes nos pensées. Espérant que le temps effacera lentement la douleur et illuminera en votre cœur le souvenir des bons moments.

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