En souvenir de ...

Billy Graham

Figure religieuse de l'après-guerre, l'Américain Billy Graham était un prédicateur évangélique charismatique qui savait charmer les foules (ici en 1974 à la Pontaise).Image: ALAIN OGHERI

Le célèbre prédicateur évangélique, mort le 21 février, a résidé à La Tour-de-Peilz et marié sa fille à Montreux.

«Je considère la Suisse comme mon pays d’adoption.» C’est Billy Graham qui le dit dans une interview de la TSR du 27 août 1960. Un face caméra un peu surréaliste où il ne quitte pas l’objectif des yeux. Hypnotique, le prédicateur évangélique l’était. Controversé aussi parfois. Il fut néanmoins un «ami» écouté de nombreux présidents américains. Figure majeure de l’histoire religieuse des États-Unis d’après-guerre, il savait capter les foules. Il est décédé mercredi dernier à 99 ans.

En cet été 1960, il est résident à La Tour-de-Peilz, «depuis huit semaines», précise-t-il dans la même interview. Il y prépare sa «croisade» de Lausanne, campagne d’évangélisation que lui et ses proches organisaient à travers le monde. Billy Graham s’est exprimé les 3 et 4 septembre au Stade olympique de la Pontaise. Il en avait fait de même les mois précédents dans les stades de foot de Bâle, de Berne et de Zurich. En 1955 déjà, il avait officié à Zurich et à Genève.

Il fait son retour à Lausanne en 1974 où plus de 20'000 personnes l’ont entendu le 21 juillet, toujours à la Pontaise. Son discours constitua l’apothéose du premier Congrès évangélique mondial au Palais de Beaulieu (16-25 juillet). Ce dernier aboutit à la Déclaration de Lausanne, qui fait encore clignoter la capitale vaudoise sur la carte du monde évangélique.

À La Tour-de-Peilz, Billy Graham réside avec sa femme et ses quatre enfants dans «la propriété Worthington, En Gérénaz», nous apprend un procès-verbal du 6 juillet 1960 tiré des archives paroissiales locales. Qui précise: «Le Conseil de paroisse a fait parvenir un message accompagnant un bouquet de fleurs à Mme Graham qui a remercié en anglais.»

Il fascinait Chaplin

«L’«évangélisateur de choc» est arrivé avec sa femme et ses quatre enfants à La Tour-de-Peilz, où il va séjourner pendant quatre mois, rapporte pour sa part La Tribune de Lausanne du 2 juillet 1960, citant une dépêche d’agence américaine. Il sera voisin de Charlie Chaplin, qui habite à quelques kilomètres de là», au Manoir de Ban à Corsier «Les deux hommes se sont-ils rencontrés? s’interroge l’écrivain et cinéaste Pierre Smolik, auteur de plusieurs livres sur l’acteur. Je n’en ai pas trouvé trace. Mais Chaplin, qui avait la télévision, a dû apprendre sa présence dans la région.»

Pierre Smolik a «croisé» Billy Graham lors de la rédaction de son livre The Freak, consacré au film du même nom inachevé du papa de Charlot. «Dans le scénario, Billy Graham téléphone à un révérend pour le féliciter de l’organisation d’un grand rassemblement de fidèles. Une allusion malicieuse, du Chaplin pur sucre! Sa fille Victoria m’avait dit qu’il parlait régulièrement de Graham. Il ne devait pas apprécier sa pensée, mais il en admirait la fougue et le charisme, le côté hypnotiseur.»

L’intérêt grandissant, Pierre Smolik, habitant de La Tour-de-Peilz, poursuit ses recherches. Il tombe sur un article du New York Times d’octobre 1992 expliquant que Billy Graham organisa le 18 août 1960 à Montreux une réunion de quelque 25 pontes de l’Église protestante américaine pour discuter «de comment ils pourraient bloquer l’élection de John F. Kennedy», et ainsi empêcher «les catholiques et leur argent de gagner cette élection».

L’échec de cette «cabale de Montreux» n’empêcha pas le président nouvellement élu en novembre d’inviter Billy Graham début 1961 pour lui demander de s’exprimer sur les questions religieuses. Depuis, le prédicateur a côtoyé tous les présidents américains de manière plus ou moins officielle.

Bénédiction aux Planches De là à dire que Billy Graham développa un lien spécial avec la Riviera, il n’y a qu’un pas. On finit de s’en convaincre en apprenant via le Journal de Montreux et La Tribune de Lausanne du 4 mars 1963 qu’il célébra le mariage de sa fille Virginia à Montreux, au temple des Planches.

Selon le journal montreusien, la femme de 18 ans portait «une robe d’organdi blanc», était précédée de demoiselles d’honneur «jaune pastel». Devant 600 personnes, elle épousa «M. Stéphane Tchividjian, fils d’un financier arménien» dans un temple «abondamment fleuri» de «superbes chrysanthèmes et d’étoiles de Bethléem envoyées de Jérusalem». Billy Graham «prononça la formule du mariage que les mariés ont répétée; il les bénit ensuite».

(24 heures)

Voir toutes les célébrités
print
 

À votre service

Annuaire professionnel

S'inscrire