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André Paul

André Paul lors de l'inauguration de la maison du dessin de presse, le 25 novembre 2009. © GÉRALD BOSSHARD

Géant de la caricature romande qui croqua la vie des Vaudois, l’artiste avait 98 ans. Barrigue se souvient.

Ses dessins aux traits vifs et ronds, spontanés mais précis, son regard malicieux, bien moins sévère que débonnaire, ses touches de couleurs pastel, la truculence de ses personnages ont contribué à coucher «le Vaudois» sur papier. Si le réel se nourrit de la caricature, et inversement, André Paul porte la sacrée responsabilité d’avoir mis en images l’esprit d’une région, dessin après dessin, illustration après illustration, au fil d’une collaboration avec «La Tribune de Lausanne» puis «Le Matin Dimanche» qui dura… quarante-deux ans! Il est décédé lundi, à Lausanne, peu avant de souffler ses 99 bougies.

Le «papa» des dessinateurs de presse romands

«Il était le Gilles du dessin de presse!» Au téléphone, Barrigue est encore remué par l’annonce de la mort d’un «papa, plutôt un grand-papa». «Quand je suis arrivé en Suisse, en 1979, j’avais 30 ans, lui déjà 60! Il se montra d’une bienveillance extrême envers ces jeunes dessinateurs qui étaient forcément impressionnés et admiratifs devant son art si fin et juste. Il aurait pu nous noyer de conseils mais avait l’humilité de ne pas en donner. Il était concentré à faire son métier d’artisan le mieux possible, sans donner de leçons malgré son parcours.»

À l’époque, André Paul, de son vrai nom Paul-André Perret, faisait déjà figure de vétéran dans un dessin de presse romand qu’il a contribué à façonner dès la fin de la Seconde Guerre mondiale. Celui qui allait croquer les petites et grandes histoires du canton de Vaud était… neuchâtelois! Né en 1919, originaire de La Sagne, il avait étudié le dessin industriel au Technicum de Bienne avant de filer à Paris aiguiser son tempérament artistique à l’École nationale supérieure des arts décoratifs. De retour en Suisse, installé en 1949 à Lausanne avec sa femme et ses deux filles, il lie précision du trait et fantaisie du ton dans l’exercice du dessin satirique. D’abord à «L’illustré», puis dans l’aventure du «Bon jour», un hebdo lancé par le journaliste radio Jack Rollan, soit 135 numéros entre 1952 et 1959. Sous titre: «Organe officiel des satires»!

«André n’était pas un commentateur de l’actualité. Plutôt un observateur de la société, un illustrateur de la vie de ses contemporains»

C’est à la «Tribune de Lausanne» qu’il s’installe dans le cœur des Vaudois par ses rendez-vous dominicaux. Entre de nombreuses activités d’illustrateur (dont «San-Antonio»), il livre aussi des dessins pour «La Suisse» et la «Weltwoche» mais refusera les avances du «Canard enchaîné». «André n’était pas un commentateur de l’actualité, explique Barrigue. Plutôt un observateur de la société, un illustrateur de la vie de ses contemporains. C’est d’ailleurs parce qu’il refusa une proposition de travail quotidien pour «Le Matin» que son directeur me contacta. Je lui dois mon engagement», se remémore le Parisien d’origine.

Dans les dessins d’André Paul, les hommes lèvent volontiers le coude, les femmes se montrent accortes et les enfants rieurs. Le flic porte bedaine, moustache et képi. Les militaires donnent du pain aux avions de chasse. «Je préfère le sourire au rire. Méchant, je ne peux pas», confessait le dessinateur à l’occasion d’une de ses dernières rétrospectives, en 2010 à Saint-Maurice. Son trait précis et sa bienveillance rigolarde ramènent à une Suisse de carte postale, à l’heureuse opulence. Mais André Paul influença tous ses descendants, du plus «vaudois» – pour Burki, il était «un dieu, un gourou» – au plus punk: Mix & Remix le qualifiait sobrement de «vrai génie». Une rétrospective lui rendra hommage en été 2019, à la Maison du dessin de presse, à Morges.

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