En hommage à...

Philippe MICHAUD

 

Avis de décès

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Tribune de Genève le 14 août 2019

TG Avis Michaud Philippe

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Gérald Michaud
8 mars 1960, Philippe est né 5 août 2019, Philippe est décédé Oui, mon fils, Pendant près de 60 ans, Tu as été pour moi une aventure, un défi, un combat Que j’ai accompli avec l’aide de Maman et de ton frère Dans le devoir et le respect que l’on te doit. L’origine et l’évolution de notre vivant Implique au hasard tant d’éléments Que de ce hasard l’existence dépend. 24 fois par jour L’heure nous dit: «Tu vois, je suis déjà autrefois…» Mais autrefois, c’est quoi ? Des souvenirs gravés dans la mémoire, Une jeunesse belle à revoir, Le chemin parcouru en famille et avec les amis. Dès 1983, les produits que tu devais prendre Pour diminuer ta dépendance aux addictions T’ont entraîné dans des états de faiblesse, Parfois de manque de discernement et d’ivresse. Ta joie de vivre a peu à peu diminué Et, comme un feu venu d’ailleurs, Les flammes ont fini par te consumer. Voilà mon fils Quelques bribes de souvenirs de ta vie Accompagnés de ces moments de tendresse Que l’on partageait sans fard C’est toutes ces belles images Que je garde au fond de moi, au fond de mon cœur. Pendant toutes ces années Je t’ai accompagné comme je l’ai pu Comme j’ai cru au mieux de le faire. Tu m’as apporté énormément. On a tellement voyagé ensemble Pour voir la vie différemment. Maintenant que nous reste-il à nous souhaiter En famille et en amitié? C’est de pouvoir longtemps continuer à nous aimer Pour que nos cœurs déchirés Puissent se cicatriser Sans se soucier de cette puissance souveraine Qui règle au hasard le cours d’exister Et qui a le nom de destinée. A bientôt, mon fils.


Stéphane Michaud
Philippe… Quand je pense à mon frangin C’est l’image d’un bateau qui vient Le bateau de Rimbaud, bien sûr, Cherchant son cap parmi tant de récifs… Dans les clapotements furieux des marées, Moi, l’autre hiver, plus sourd que les cerveaux d’enfants, Je courus ! Et les Péninsules démarrées N’ont pas subi tohu-bohus plus triomphants. Les voyages furent nombreux Sur le lac d’abord, dans les années d’insouciance En Méditerranée pour goûter l’appel du large Puis les Antilles, d’île en île, des Bahamas à l’archipel des Roques Des côtes du Cap Vert Jusqu’au Vénézuela. Il laisse derrière lui Des horizons ensoleillés: Son enfance cossue La fierté de son père Puis sa jeunesse flamboyante Entre Champel, Saint Jean, Montana et Chens. Il a tiré tant de bords accompagné De tout un équipage de joyeux lurons De l’Ali Baba aux étés au bord de l’eau, Puis vers des ports de plus en plus lointains Il a vogué, vogué et peu à peu dérivé. Je sais les cieux crevant en éclairs, et les trombes. Et les ressacs et les courants: je sais le soir, L’Aube exaltée ainsi qu’un peuple de colombes, Et j’ai vu quelquefois ce que l’homme a cru voir Il y eut de plus en plus de traversées tumultueuses Malgré la famille, les amis, ses chats, ses chiens Malgré vingt-cinq ans de vie de marin Il n’y a, de son propre aveu, que loin des côtes, en pleine mer, qu’il était bien, vraiment bien. Alors oui, trop souvent la tempête l’a fait vaciller Trop souvent il s’est échoué, sans boussole. L’équipage de sa vie en a aussi payé le prix: Ses amours Rosa, Sabine et tout récemment son frère de cœur, Philippe. Mais, vrai, j’ai trop pleuré ! Les Aubes sont navrantes. Toute lune est atroce et tout soleil amer: L’âcre amour m’a gonflé de torpeurs enivrantes. Ô que ma quille éclate! Ô que j’aille à la mer! Cependant, pendant toutes ces années Un heureux ressac le ramenait chaque fois Sous l'alizée clément d’un Neptune protecteur, notre papa Notre papa qui a tant donné pour son fils, tant sacrifié Pour toujours faire au mieux de ce qu’il pensait avoir à faire Et c’est admirable. Merci Papa. Et merci Maman. Car Neptune n’aurait jamais été un Dieu sans son Aphrodite. Mais aujourd’hui que la grande marée au vent mauvais A recouvert pour de bon la coque fragilisée Du bateau de Philippe C’est une nouvelle traversée qui commence Une mystérieuse traversée vers cet autre océan Celui dont on ne sait rien Si ce n’est qu’on n’en revient pas. Il me plaît alors d’imaginer Philippe Capitaine d’un nouveau bateau, Bronzé, aminci, souriant derrière ses lunettes de soleil Comme sur la photo Libre, fumant, monté de brumes violettes, Moi qui trouais le ciel rougeoyant comme un mur Qui porte, confiture exquise aux bons poètes, Des lichens de soleil et des morves d’azur Oui, Philippe, enfin léger et libre, Naviguant vers l’infini des mers paisibles Entouré de ses amours et de ses amis. Bon voyage, mon frère.


Lila et Max Michaud
Pour nous, ses neveux, Philippe c’est… Philippe qui a fait de grands voyages avant notre naissance dans des pays du bout du monde… Philippe qui adorait la voile quand il y avait des grandes compétitions: le Vendée Globe, la route du Rhum. D'ailleurs, il y participait à sa façon, en s’inscrivant pour les régates virtuelles sur son ordinateur. Philippe qui est à tout jamais le roi du thon-petit-pois qu’il nous préparait quand on allait manger chez Mamie à midi. Philippe qui aimait bien parler de sport: tennis, foot, moto, voiture, … Philippe qui aimait bien parler de ce qui l’intéressait sinon… il n’était pas toujours bavard Philippe qu’on ne voyait jamais sans Papi ni sans sa vapotteuse ni sans ses lunettes de soleil... Philippe qui aimait les chats comme nous… enfin un peu moins que nous quand même Philippe qui avait même eu des rats comme animaux de compagnie. Philippe qui nous parlait de Montana comme d’un endroit qu’il aimait beaucoup Philippe avec qui nous sommes partis en vacances en Corse où il avait fait du catamaran pour la dernière fois. Philippe qu’on voyait un dimanche sur deux pour manger en famille… et qu’on savait jamais comment il allait être: en forme, fatigué, avec un appétit d’ogre ou absent… Philippe qui connaissait plein de choses grâce aux émissions de télé, cette télé qui était tout le temps allumée et super fort dans sa chambre Philippe qui faisait parfois des trucs bizarres comme regarder des vidéos sur son téléphone quand on était au restaurant. Philippe qui avait une voix particulière, rocailleuse, … Philippe qui adorait les tartes tatins. Philippe qui avait toujours les derniers gadgets pas très utiles mais qui faisaient toujours l’animation. Philippe qui me posait plein de questions sur les chevaux. Philippe qui était tatoué avec des couleurs et des motifs bizarres Philippe qui était toujours gentil. Philippe qui était généreux et qui payait souvent le repas à toute la famille Philippe, c’était tout ça et bien plus mais surtout, pour nous, c’était surtout notre oncle qu’on aimait comme il est.


Corinne Mosimann
Cher Philippe, mon Ami de toujours, Toute la famille Richner réunie, Martine, Sandra, Anne, Toni et nos enfants se joignent à moi pour te transmettre ces quelques mots et honorer ton souvenir. La vie nous a réunis à ta naissance. Nos mères, amies d’enfance et à ce jour encore inséparables, nous ont élevés de concert. Enfants nous aimions nous présenter comme frère et sœur, ados nous avons décidé d’être cousin-cousine pour toujours ! Nos familles aimaient partir aux sports d’hiver ensemble. Les chalets de Champéry, d’Adelboden, de Megève et plus tard l’hôtel Beauregard à Montana nous ont accueilli et façonnés des souvenirs inoubliables. Comme notre première grande fessée reçue pour avoir jeté dans la neige fraîche les pions du jeu de loto... nos Mamans étaient bien furieuses... et nos fesses s’en sont souvenu pendant longtemps. De 2 ans mon cadet mais véritable aventurier et champion de ski, c’est toi qui m’as appris à godiller et qui m’a fait découvrir la plaine morte et le hors-piste. Ados, à Montana, nous avons fait les 400 coups au dancing le « Number One » sur les airs de JJ Cale, sans oublier nos parties endiablées de bowling au sporting. Il y a eu ensuite les étés à Chens-sur-Leman où tu m’as appris à naviguer sur ton Hobby Cat et surfer sur tes planches à voile. Quelques années plus tard, nous nous sommes retrouvé à la marina de Gogolin, où tu nous as embarqué avec ma fille Margaux, à bord de ton magnifique Catamaran pour une semaine de navigation dans la baie de St-Tropez, bercé au son des chansons de Renaud que tu affectionnais et connaissais par cœur ! Puis à nouveau, retrouvailles inattendues en Sicile, où tu naviguais avec ton père dans les eaux des îles Eoliennes. C’est finalement sur le lac Léman, à bord de ton voilier le « MissT », que j’ai découvert les plus beaux couchers de soleil d’été Genevois, lors de nos navigations sur les risées de fin de journée. Ton grand cœur a choisi d’offrir, en cadeau de mariage à Margaux et Alexandre, ce magnifique Flying Forty. Ils vont, je te le promets, perpétuer ton amour pour la navigation et l’aventure. Une part de toi et de ta passion navigueront ainsi toujours sur les eaux du Léman. Généreux, fidèle en Amitié et d’une grande sensibilité, Philippe, cher Ami de toujours, tu as pris le large mais tu seras à jamais vivant dans nos cœurs et ses souvenirs si précieux. Bon vent mon Ami Corinne et famille Richner


Christine Vulliet
Voilà Philippe cette fois tu nous a vraiment quittés! Comme tu as toujours eu l’art d’habiter l’instant, je me réconforte en pensant à ton dernier mouillage au creux de ton lit, certaine que ce fut un moment serein pour toi. Alors oui, nous avons des larmes mais également des sourires. Libertaire, ton équilibre fut ta liberté et on n’avait rien à t’imposer, encore moins des limites. A ton image ta vie fut hors normes et pas croyable. Ta santé, ta vigueur, ton goût jamais assouvis pour les aventures et les expériences, t’as fait connaître et plonger dans les bleus turquoises les plus clairs et transparents, ainsi que dans les bleus marines les plus foncés et opaques. Philippe tu fais partie de mes souvenirs précieux et fous, tu es immortel. J’aime t’imaginer cool, quelque part entre la Voie lactée et le sillage fluorescent d’un bateau lorsqu'il est gorgé de planctons lumineux, entourés de sirènes et de tous ceux que tu aimes. Tchin ??


Dr Jacques Ledderey
Au début des années 80, je suis tombé sur un article de Newseek dans un lieu improbable, en plein Himalaya, article qui parlait d’une mystérieuse maladie touchant le système immunitaire: c’était passionnant, et personne n’y comprenait rien… J’étais installé depuis peu comme généraliste, et trouvais que le monde médical rejetait et condamnait bien trop facilement les marginaux, ceux que la société cataloguait comme déviants… J’ai voulu essayer de rester ouvert et à l’écoute, de comprendre plutôt que de juger ceux qui étaient trop souvent blâmés par leurs pairs, leurs familles, le monde. Et une aventure de près de 40 ans a commencé. Ma rencontre avec Philippe aurait pu, sans ces réflexions, tourner court. C’était un gamin gentil, menteur, qui adorait et désespérait son père, acceptait toutes les propositions et n’en respectait aucune. Le couple père/fils a débarqué dans mon cabinet… et dès le départ ça a été compliqué! Mais Philippe, avec tous ses défauts, sa provocation, ses refus, était attachant… et ça valait la peine de s’accrocher. Et on s’est accroché, dans tous les sens du terme: Accrochages parfois très dures entre père, fils et médecin. Accrochage très, trop serré aux produits qui donnaient l’illusion de changer le monde et les perceptions. Accrochage de ma part au pari fou de sortir Philippe de ces pièges infernaux. Et enfin Accrochage très positif sur le plan humain qui nous a permis, contre toute attente raisonnable, de bâtir une relation qui aura duré 35 ans et survécu à des multitudes d’incidents, d’accident, de désaccords, de tempêtes… La rupture aurait pu survenir bien des fois, mais au milieu de la tourmente, même dans les plus mauvais moments, Philippe a su garder une force de vie et une confiance qui nous ont permis de construire cette complicité amicale de très longue haleine qui n’est pas si commune dans la relation médecin-patient. Il aimait, souvent passionnément, le ski, la montagne, la mer, la navigation. Le hasard a fait que je sois aussi montagnard et navigateur, ce qui nous a sûrement aidé à nous comprendre et à nous rapprocher. Il aimait aussi, trop évidemment, le danger, le déséquilibre, les excès, les débordements sans limites… et nous nous sommes souvent accrochés sévèrement sur ces points où j’étais en désaccord total avec lui. Mais cela n’a jamais, étonnamment, mis notre longue relation en péril. Sa mort possible a toujours été au programme, d’abord avec le VIH, puis avec les accidents, les excès, mais on n’y croyait pas ou plus. Philippe était devenu, au fil du temps, un vrai musée des pathologies infectieuses, traumatiques, respiratoires, psychologiques. Il le savait, s’en plaignait peu avec un grand courage physique… restait vivant, et la plupart du temps, content de l’être malgré les handicaps qu’il cumulait. C’est comme cela que je veux me souvenir de lui, et surtout le remercier de m’avoir offert ces 35 ans de compagnonnage médical, et de l’aide très précieuse qu’il m’a prodiguée dans l’apprentissage sans cesse renouvelé de ma profession, de ses possibilités et de ses limites.

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