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Jennifer Jones, une vie de star comme au cinéma

Jennifer JonesJennifer Jones © Keystone

Jennifer Jones s'est éteinte à l'âge de 90 ans. Elle avait brillé pendant une vingtaine d'années au firmament d'Hollywood.

Il y a soixante ans, c’était une star. Jennifer Jones avait beau avoir été créée de toutes pièces par David O. Selznick, l’homme qui avait déjà inventé Vivien Leigh, elle justifiait tous les espoirs placés en elle. Cette fille brune avait quelque chose d’insaisissable et d’animal. En 1950, elle tournera d’ailleurs en Angleterre un film intitulé La renarde.

L’actrice ne s’appelait ni Jennifer, ni Jones quand elle a débarqué à Hollywood une décennie plus tôt. En 1939, la belle avait 20 ans et venait de l’Oklahoma profond. La chance lui avait vite souri. Dès ses premiers mois en Californie, des bouts de rôle s’étaient présentés. On la voyait encore sous le nom de Phylis Isley. Phylis avait, il est vrai, épousé un acteur alors qualifié de prometteur, Robert Walker. Lui aussi deviendra une vedette. C’est le méchant de L’inconnu du Nord-Express d’Hitchcock. Ils auront un fils.

Débuts en sainte

A ce moment-là, Phylis a déjà tapé dans l’œil de David O. Selznick, tout frais sorti du triomphe d’Autant en emporte le vent. Le producteur commence par la mettre sous contrat, comme il vient d’engager à long terme Ingrid Bergman. Il s’agit ensuite de dégager au mieux sa personnalité. Celle-ci commencera par un nouveau nom. Jennifer Jones, voilà qui sonne plus glamour.
En 1943, Jennifer est considérée comme prête. A la Fox, liée à Selznick, elle peut incarner Bernadette Soubirous dans Le chant de Bernadette. Le choix d’une interprète aussi sensuelle pour jouer une sainte peut surprendre. Réalisé en deux parties par Henry King, le film se révèle pourtant excellent. Quant à la comédienne, elle s’en sort haut la main. Un Oscar!
Dès lors, sa carrière semble sur des rails. Selznick économise sa découverte, qu’il épousera. Elle tournera peu, et seulement dans des longs métrages importants. Sa filmographie se limite ainsi à 27 titres. Mais quels titres! Après Since You Went Away (1944), un tribut à la guerre, l’actrice peut éclater dans Duel au soleil (1946). Ce sera un tournage à la Selznick. Il faudra trois réalisateurs (Vidor, Sternberg, Dieterle) pour donner à ce western en technicolor toute l’ampleur désirée.

Rien que des grands films

Viendront ensuite le Cluny Brown de Lubitsch, le Portrait de Jennie de Dieterle ou We Were Strangers de John Huston. La décennie se termine à la MGM, avec un film refusé par Lana Turner. Jennifer incarnera ainsi la Madame Bovary de Vincente Minnelli. Impossible de se montrer plus infidèle à Flaubert. Impossible de mieux le transformer en bon cinéma.
Les années 50 se feront plus sages. La vedette – car Jennifer en demeure vraiment une – retrouvera à plusieurs reprises Henry King. C’est ce vétéran qui lui donnera d’ailleurs en 1962 son dernier grand rôle dans Tendre est la nuit, adapté de Scott Fitzgerald. De Ruby Gentry de Vidor à Beat The Devil d’Huston, les titres marquants ne manquent pourtant pas. Reste que le monde change, et que ce n’est pas son étrange participation à un film néoréaliste en 1953 qui la mettra en phase avec le siècle. En pleine gare de Rome, Jennifer participe au Stazione Termini de Vittorio de Sica.

Un milliardaire pour finir

En 1965, Selznick meurt. Il était depuis longtemps sur la touche. Sa veuve se remariera en 1973 avec Norton Simon, l’un des hommes les plus riches d’Amérique. Collectionneur enragé, Norton Simon voulait son musée, comme Paul Getty. Il l’aura bien avant sa disparition en 1993. C’est donc cette institution qui a pu annoncer hier la disparition de Jennifer, morte «de causes naturelles à 90 ans dans sa villa de Malibu». Son fils Robert Walker Jr était à son chevet. La fille qu’elle avait eue avec Selznick s’était, elle, suicidée à 22 ans.

Depuis 1974, Jennifer n’avait plus retrouvé le chemin des studios. Sa carrière s’arrête à La tour infernale en 1974. Elle avait bien essayé de retrouver des rôles. Mais Hollywood n’avait plus voulu d’elle. Sa vogue était passée. Le public l’avait oubliée, comme d’autres grandes stars des années 40, de Greer Garson à Norma Shaerer. Jennifer avait beau exploser sur l’écran, du temps de sa folle jeunesse. ¬Véritable incarnation du rêve américain, elle n’est jamais devenue un mythe durable.

Etienne Dumont

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