En souvenir de ...

Claude B. Levenson

Claude B. LevensonC'est en 1981 à Paris que Claude B. Levenson a rencontré pour la première fois le dalaï-lama. © Chris Blaser

Journaliste, essayiste, grande voyageuse, Claude B.  Levenson a été une infatigable amie du peuple tibétain. Elle vient de partir pour une autre vie.
 

«Mais où est Claude? Faites-la venir s’asseoir vers moi.» C’était en février dernier à Bodhgayâ, en Inde, l’un des plus grands sanctuaires bouddhistes du monde. Apostrophé par le dalaï-lama, le journaliste Jean-Claude Buhrer doit un peu rudoyer son épouse, Claude B. (pour Buhrer) Levenson, pour qu’elle vienne prendre place avec lui à la gauche du saint homme. «Timide et détestant les honneurs, Claude ne savait pas où se mettre. Il faut dire qu’il y avait là plus de 100 000 fidèles», raconte, très ému, celui qui partagea la vie de cette femme extraordinaire, décédée le 13 décembre dernier à Lausanne, fauchée par un cancer.

La rencontre de Bodhgayâ fut la dernière entre le dalaï-lama et Claude B. Levenson.

La première s’était déroulée en 1981 à Paris. «Nous étions trois journalistes à sa conférence de presse, aimait-elle raconter, il n’intéressait alors personne.» Est-ce grâce à Claude B. Levenson que la cause tibétaine fera plus tard le tour du monde et trouvera des stars comme Richard Gere pour la défendre? Bien sûr que non, aurait-elle répondu, trop modeste pour reconnaître que la quinzaine de bouquins qu’elle a écrits sur la question et les innombrables conférences qu’elle a données de par le monde ne sont pas étrangers à la visibilité de la cause.


Passionnante et passionnée

Rédacteur en chef de 24 heures , Thierry Meyer se souvient de l’extraordinaire attention du public lors du débat qu’il animait avec Claude B. Levenson en avril 2008 au Théâtre de Vidy, quelques semaines avant l’ouverture des JO de Pékin. «Elle était passionnante et passionnée, et répondait du tac au tac aux questions parfois vachardes sur les Tibétains et leur attitude jugée rétrograde par certains.»

«Je suis une enfant de la guerre», disait d’elle-même cette femme née en 1938 à Paris d’un père juif originaire de Bessarabie et d’une future résistante communiste. Une manière sans doute d’expliquer un parcours hors du commun qui la conduira dans les années 1950 à étudier le russe, le sanskrit et plusieurs langues orientales comme le persan et l’hindi à l’Université Lomonossov, à Moscou.


L’absence du père

Mais avant d’entreprendre ses brillantes études, la jeune Claude vivra un traumatisme majeur: elle a 3 ans et demi quand son père est arrêté par la police française avant d’être déporté à Auschwitz par le premier train parti de Drancy. On ne sort pas indemne de ce genre de drame. «Et ce n’est que sur son lit de mort, il y a quelques jours, qu’elle m’a dit avoir retrouvé le nom du village – Lucennay-les-Aix, dans l’Allier – où elle fut cachée par Marie Labroux jusqu’à la fin de la guerre», raconte son mari. Comme si la douleur avait interdit le souvenir.

Brillante intellectuelle, journaliste et voyageuse, Claude B. Levenson collabore à de nombreux journaux, dont Le Monde et 24 heures , se fait un nom dans le métier. Mais c’est lors d’une nouvelle rencontre avec le dalaï-lama, en 1983, à Genève cette fois, qu’elle décide d’aller voir ce qui se passe au Tibet. Le chef spirituel des Tibétains en exil, qui l’a reconnue et fera d’elle sa traductrice, lui recommande d’aller voir elle-même sur place quelle est la situation.

«Notre premier voyage aura finalement lieu en 1984, témoigne Jean-Claude Buhrer. Le dernier, semi-clandestin, se déroulera en 2006.» Persona non grata en Chine pour ses liens avec les «séparatistes», Claude B. Levenson et son mari gagneront l’Empire du Milieu par Hongkong, l’ancienne colonie britannique qui ne demande pas de visa d’entrée…


Professionnelle

Si Claude B. Levenson défend passionnément la cause tibétaine, elle n’est pas une pasionaria. Simplement une grande professionnelle. Chef de la rubrique Monde de 24 heures dans les années 1980-1990, Jean Gaud se souvient des articles de sa consœur comme «de papiers impeccables, toujours livrés à l’heure, fourmillant d’informations personnelles et originales».

Si le Tibet fut sa cause, Claude B. Levenson défendit aussi celle de la Birmane Aung San Suu Kyi, qu’elle rencontra à plusieurs reprises. Comme si les causes apparemment perdues la motivaient plus que n’importe quelle autre. «Elle comprenait aussi très bien le peuple tibétain. C’était une femme très indépendante», confie Rigdzin Namkha Gyatso Rinpoché, en exil à Lausanne depuis 2002.

Quand on lui demandait si elle était bouddhiste, dit son mari, Claude répondait en plaisantant: «Je l’ai peut-être été dans une vie antérieure et le serai peut-être dans une autre vie.» Une définition que le dalaï-lama avait trouvée «très bonne». Alors bonne nouvelle vie, Claude.

Bernard Bridel

Avis de décès

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24 Heures le 22 décembre 2010

VQ Avis B. Levenson Claude «L es idéaux qui on t éclair é mon chemin e t m  on t d e t emps à autr e r edonné c our age pour affr on t e r la vie de bon c ?ur aur on t é t é la Bien v eil lanc e, la Beaut é e t l a V érit é.» Albert Einstein Jean-Claude Buhr er , son mari, et tous ses proches ont la douleur dannoncer le départ de Claude B . LEVENSON traductrice, journaliste et écrivain, biographe du dalaï-lama, membre du Comité des 100 pour le Tibet, survenu le 13 décembre 2010, dans la paix et la sérénité. Les obsèques ont eu lieu en toute intimité le 17 décembre 2010. Des hommages lui seront rendus ultérieurement à Lausanne, Genève, Paris et ailleurs. En mémoire, des dons peuvent être adressés à l a Ligue Vaudoise contre le Cancer, CCP 10-22260-0.

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24 Heures le 10 janvier 2011

VQ Merci Levenson Claude Tr?s touch?s des nombreuses marques dÚamiti? et de sympathie qui leur ont ?t? t?moign?es lors du d?part de Claude B . LEVENSON Jean-Claude Buhr er , son mari, ainsi que tous ses proches vous prient de trouver ic i leurs sinc?res remerciements. REMERCIEMENTS

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Ecrire une condoléance

Philippe Roy
Du fond de ma Bourgogne profonde, je voudrais dire quelle émotion j'ai ressenti en découvrant dans "Le Monde" (avant la presse suisse...) l'annonce du décès de Claude. J'ai eu l'immense plaisir de la rencontrer à plusieurs reprises lorsque je dirigeais la rubrique internationale de "La Suisse" dans les années quatre-vingt, et sa passion était tellement communicative que j'aurais aimé pouvoir l'engager ! Notre collaboration ne fut que très épisodique, et je le regrette encore. Elle aura été une grande voix et une grande conscience de notre profession. A Jean-Claude et à tous ceux qui lui étaient proches, je dis mes condoléances les plus sincères.


Bao Viêt Nguyên Hoàng
Nguyên Hoàng Bao Viêt (CODEP/WIPC/PEN Suisse Romand) Nous sommes profondément bouleversés par la subite disparition de Claude B. Levenson, notre chère amie et collègue. Nous voudrions rappeler que Claude B. Levenson était une grande âme et auteur très proche du Dalaï- Lama et de Aung San Suu Kyi, et amie des peuples opprimés au Tibet et en Birmanie, parmi tant d’autres. Claude B. Levenson était une membre très active, respectée et aimée de notre Comité de défense des écrivains en prison du Centre PEN Suisse Romand. Claude va nous manquer immensément. Que sa mémoire vivante nous inspire et nous soutienne dans nos actions nées du cœur et de la conscience de chacun des poètes, écrivains et journalistes. Puissions-nous, dans l’humilité, nous faire écho de sa voix, de ses mots et de son combat inachevé pour la paix véritable, pour la dignité humaine, pour la justice sociale et pour la liberté d’expression, au Tibet, en Birmanie et ailleurs dans le monde. À Jean-Claude Buhrer et sa famille endeuillée, nous adressons toute notre sympathie et affection, toutes nos sincères condoléances. Et toujours, avec nos prières pour accompagner Claude dans ce long voyage vers l’’horizon d’un monde qu’elle scrutait souvent au cours de sa vie remplie d’actes généreux et courageux. Claude, nous ne t’oublierons jamais.


Thierry Kallfass
En hommage à votre compassion sans compromis, votre écoute grave et vos réponses courtes et profondes, votre humour si subtil, vos rires à peine esquissés, cette sagesse lumineuse et discrète forgée au creux de vos souffrances et de celles qui vous ont touchée, pour lesquelles vous vous êtes battue dans un engagement entier. Claude, vous allez manquer au monde, vous allez manquer au mien. Quoiqu'il nous advienne au delà du grand passage, merci d'avoir montré qu'il y a surtout une vie avant la mort, une vie malgré la mort ! Thierry

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