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Leur travail: la mort

 

Leur travail : la mort

«Levées de corps» montre des vies mises face au décès brutal ou anonyme.

Pendant un an, Thierry Mertenat, journaliste à la Tribune de Genève et Steeve Iuncker, photographe attaché au même journal, ont pu suivre le quotidien des travailleurs de la mort. Ces hommes et ces femmes (policiers de la Brigade mortuaire genevoise, médecins légistes, employés des pompes funèbres) sont mobilisés à chaque décès brutal (accident, suicide, assassinat). Après chaque mort dans la solitude aussi.

 

Le livre

 

«Levées de corps» raconte et montre ce qu’ils découvrent dans une cave, derrière une porte trop longtemps fermée ou sur une voie de chemin de fer. Des natures mortes saisissantes, composées de mots et d’images d’un réalisme sans fard, mais dont l’humanité et la vie ne sont jamais absentes.

 

«Pas un livre sur la mort»

 

«Sur presque toutes mes photos, j’ai choisi de montrer des vivants ou une partie de leur corps avec le cadavre», précise Steeve Iuncker. Quant à Thierry Mertenat, il insiste: «Ce n’est pas un livre sur la mort. Nous traitons plutôt de la manière dont la société serre les rangs face à ces décès qui surviennent ailleurs qu’à l’hôpital ou dans le cercle familial.» Et, paradoxalement, «c’est autour des morts les plus solitaires, ceux dont même l’identité est perdue, qu’il y a le plus de gens qui travaillent».

«Levées de corps» emmène aussi ses lecteurs dans les bureaux de la Brigade mortuaire, dans les salles d’autopsie de l’Institut universitaire de médecine légale et dans les locaux de l’entreprise de pompes funèbres Murith. C’est l’occasion de faire connaissance avec dix-huit travailleurs de la mort qui racontent leur travail, bien sûr, mais aussi leurs émotions. Une partie de ce voyage-là, les auteurs l’avaient déjà entreprise pour une série d’articles parus dans la Tribune de Genève. Ils l’achèvent avec l’ouvrage qui paraît aujourd’hui.

 

Un face-à-face qui marque

 

Sort-on indemne de ces face-à-face avec la mort? «A un moment, j’en ai beaucoup rêvé», confie Thierry Mertenat, «Comme certains des professionnels qui témoignent dans le livre. Disons qu’avant j’étais ignorant face à la mort; maintenant, j’en connais les odeurs et les couleurs; elle est devenue concrète.» Steeve Iuncker, lui, avait déjà fréquenté la mort pour son travail, «mais désormais j’espère que je ne mourrai pas seul et je suis sûr de vouloir me faire incinérer».

Anne Kauffmann

Levées de corps» par Steeve Iuncker et Thierry Mertenat, Ed. Labor et Fides.