Affluence record au Café des sciences dédié à la mort. «Parce que ça nous concerne tous, non?»
Plus d’une centaine de personnes se pressaient, le 10 avril au soir, au Théâtre Forum Meyrin. Les échanges ont principalement porté sur les rites funéraires et notre rapport aux morts.
Plus qu’un café, c’était plutôt une grande brasserie! Un quart d’heure avant l’ouverture du débat, toutes les tables étaient déjà occupées et les derniers arrivants ont dû se contenter de rangées de chaises. Mais qui donc choisit de passer le début de sa soirée, même si elle est pluvieuse, à réfléchir à la mort? La majorité du public était composée de quinquas et de sexas auxquels se mêlaient des gens plus âgés et quelques trentenaires. Et parmi les professions exercées par ces clients d’un soir, le milieu artistique paraissait particulièrement bien représenté.
Des interrogations
Et pourquoi venir se confronter à notre finitude? «Mais parce qu’on s’interroge sur la naissance et la mort, répond, presque interloquée par la question, Annick Blonde-Protoulis. C’est toute la question du cheminement de l’être humain qui est en jeu», ajoute cette femme sculpteur.
Le céramiste Jean-Claude de Crousaz, lui, a perdu sa femme il y a quelques semaines. C’est le volet philosophique du Café des sciences qui l’a attiré au Forum Meyrin. «C’est plus aisé d’affronter la réalité de la mort en société et d’y réfléchir, confie-t-il d’une voix douce. A la maison, j’ai l’impression de flotter dans un vêtement trop grand…»
«Je suis venu parce que la mort me concerne. La mienne et celle de mes proches. Comme vous, comme nous tous, non?» déclare Jean-Luc Riesen. Pour ce musicien, «la mort c’est le mystère phénoménal de notre existence. C’est du même ordre que la recherche des origines qui va démarrer au CERN, tout près d’ici. Cela excite ma curiosité.»
Menu trop riche
Il faut dire que le menu de ce café était alléchant et riche. Trop riche, même. Il proposait rien de moins que d’aborder la mort par le croisement des connaissances d’un neurologue, le Dr Olaf Blanke de l’EPFL, d’un anthropologue, Yvan Droz de l’IHUED, d’un philosophe des sciences, Jean-David Ponci de l’UNIGE et d’un sociologue, Bernard Crettaz. Et tout cela en une heure et demie! Mission impossible. Du côté des sciences «dures», on aura juste appris que la date de notre fin n’est pas inscrite dans nos gènes et que certains biologistes envisagent sérieusement qu’on puisse un jour en finir avec la mort. Quant à l’essentiel du débat, il s’est concentré autour des rites (anciens et nouveaux) et de la place des morts dans notre société.
Anne Kauffmann