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Quand le souvenir virtuel devient désir d'éternité

 

Les membres de famille Gorgerat

Comment honorer la mémoire d'un être cher au XXIe siècle? A Clarens, la famille du jeune homme décédé accidentellement vendredi dernier sur la route de Villeneuve (FR) s'est tournée vers les nouvelles technologies. Enquête.

 

Christian. 04.01-1975- 11.04.2008. Un prénom, deux dates, quelques photos et ces mots: «Une fratrie décapitée, des parents effondrés!» Epitaphe classique. A ceci près: elle se situe sur une page internet. C'est en effet en élaborant un site sur la Toile que la famille du jeune automobiliste victime d'une embardée mortelle la semaine dernière, dans la nuit de jeudi à vendredi entre Villeneuve (FR) et Lucens, a choisi d'honorer sa mémoire. Le corps a été formellement identifié hier par la police fribourgeoise.

Une pratique de plus en plus courante selon Anne Kauffmann, journaliste au site hommages.ch, le portail d'Edipresse consacré au deuil. «On observe cette tendance en particulier chez les jeunes. En 2004, les amies d'une jeune danseuse fauchée à Genève par un scooter avaient eu ce réflexe.»

Quelles sont les explications à avancer pour ces démarches assez récentes? Au-delà de l'engouement évident pour les nouvelles technologies qui «pénètrent tous les strates du lien social», Bernard Crettaz, sociologue valaisan, note «une difficulté accrue à prendre congé des morts. Les gens ne veulent plus admettre la fin.» En effet, la problématique ne semble pas résider dans le manque de pudeur que pourrait avoir une telle démarche. «L'accès à ces sites personnels est de toute façon très difficile. Ils ne sont souvent pas référencés par les moteurs de recherche ou alors il faut connaître le nom de la personne pour les trouver», explique Anne Kauffmann. Les amis et la famille restent donc bien les premiers destinataires de ces sites. A l'époque, la mère de la jeune danseuse confiait d'ailleurs à nos confrères de L'Hebdo: «Le site est devenu ma thérapie, je dirais même mon troisième bébé. J'ai besoin de le chouchouter, de lui donner toute ma tendresse, tout mon amour.»

Le beau-père de Christian confirme. «Nous voulons faire durer l'image de notre fils.» Durer: le mot est lancé. Comme si, paradoxalement, les pixels si immatériels qu'ils soient garantissaient l'obtention d'un légitime désir d'éternité. «L'annonce de sa mort dans un journal est éphémère, renchérit la mère. Sur internet, au moins, sa présence sera perpétuelle. De plus, vu les circonstances de l'accident la voiture a pris feu sous le choc nous n'avons pas pu voir le corps de Christian. Ce site facilite donc notre deuil.»

Pour accepter l'inacceptable, et parfois l'inexplicable, celui qui porte le deuil doit se fabriquer son propre système d'interprétation. De nombreuses zones d'ombre entourent le drame de la famille Gorgerat. Alors, comme la nature humaine a horreur du vide et de l'absurde, l'un des frères de Christian, Stéphane, croit dur comme fer à l'hypothèse de la dame blanche. «C'est elle qui a emporté mon frère. Il avait d'ailleurs des mauvais pressentiments ces derniers temps. Il savait qu'il allait mourir.» Selon Stéphane, la dame blanche serait apparue à son frère aîné à plusieurs reprises. «Sa mort était écrite. Son destin l'a rattrapé», conclut-il.



Le site consacré à Christian: http://www.chateau-du-chatelard.eu/christian/