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Jacques Chessex a rendu son dernier souffle au milieu des livres

Jacques ChessexJacques Chessex © Philippe Maeder

L’écrivain, lauréat du Goncourt en 1973, est mort d’un malaise cardiaque. Au milieu des livres, dans une bibliothèque publique.

Jacques Chessex est tombé, victime d’un malaise cardiaque, lors d’une conférence sur l’adaptation théâtrale de son roman La confession du pasteur Burg à Yverdon-les-Bains (VD). «La conférence avait lieu à la Bibliothèque municipale en fin d’après-midi. Au moment des questions, un spectateur a interpellé Jacques Chessex sur sa position face à l’affaire Polanski, raconte un témoin. Soudain, l’écrivain s’est effondré.» Les secouristes, arrivés rapidement sur les lieux, ont tenté de le ranimer, sans succès. L’écrivain n’a pas survécu à son malaise cardiaque.?

Un grand de la littérature

Son décès marque la disparition d’un grand de la littérature romande. L’œuvre de Chessex est incontestablement, avec celles d’Alice Rivaz, de Maurice Chappaz ou de Georges Haldas, l’une des plus marquantes de la littérature romande et francophone du XXe siècle. Or, ce qui saisit chez cet écrivain possédé par le démon de la littérature est sa capacité de rebondir, de se rafraîchir et d’entretenir un véritable jaillissement créateur continu.

L’homme lui-même avait quelque chose de la légende vivante. La querelle, l’invective dans les cafés et les journaux, voire la bagarre à poings nus n’auront point trouvé de représentant plus acharné. Il y avait du forcené en Jacques Chessex, pour le pire autant que pour le meilleur. Rien de ce qui est écrit ne lui était étranger, pourrait-on dire de cet écrivain flaubertien par sa passion obsessionnelle, quasiment religieuse. Chessex était écrivain sans discontinuer et depuis toujours à ce qu’il semble, à l’imitation d’un père fou de mots avant lui (Pierre Chessex était historien, rappelons-le, spécialiste des étymologies), toute sa vie sera mise en mots et sa carrière d’homme de lettres fit l’objet d’une stratégie tissée de plans et de calculs, de flatteries et de rejets, d’avancées sensationnelles (le premier Goncourt romand, en 1973) et de faux pas signalant la passion désordonnée d’un grand inquiet peu porté, au demeurant, à s’attarder dans les mondanités.

Jacques Chessex s’est portraituré maintes fois en renard, et c’est en effet la figure de bestiaire qui lui convient le mieux, rapportant tout au butin de son œuvre Celle-ci n’a rien pour autant de statique ni de prévisible: elle impressionne au contraire par son évolution constante et son enrichissement, sa graduelle accession à une liberté d’écriture aux merveilleuses échappées.

Marqué par le suicide de son père

L’œuvre de Jacques Chessex (né en 1934) tire l’essentiel de sa dramaturgie et de sa thématique d’un scénario existentiel marqué par le suicide du père, évoqué et réinterprété à d’innombrables reprises. Cette œuvre procède à la fois d’un noyau poétique donné et d’un geste artisanal hors du commun, d’un élan obscur et d’un travail concerté sans relâche.

Dès la parution du premier de ses recueils, l’année de ses vingt ans, et avec les trois autres volumes qui ont suivi rapidement, le jeune poète se montre à la fois personnel, déterminé et bien conseillé, visant aussitôt la double reconnaissance romande et parisienne.

L’affirmation de l’écrivain

Après quatre premiers recueils de poèmes qui s’inscrivent sans heurts sur la toile de fond de la poésie romande, l’écrivain va s’affirmer plus nettement dans les récits de La tête ouverte, publié chez Gallimard en 1962, et surtout avec L a confession du pasteur Burg, paraissant en 1967 chez Christian Bourgois et qui amorce la série des variations romanesques sur quelques thèmes obsessionnels, à commencer par celui de l’opposition de l’homme de désir et des lois morales ou sociales. De facture plutôt classique, La confession du pasteur Burg, que l’auteur appelle encore récit, représente bel et bien le premier avatar d’un ensemble romanesque à la fois divers et très caractéristique en cela qu’il «tourne» essentiellement et presque exclusivement autour d’un protagoniste masculin constituant la projection plus ou moins directe de l’auteur. La cristallisation sera la plus dense dans Jonas, grand livre de l’expérience alcoolique, mais le romancier saura rebondir parfois à l’écart de l’autofiction, comme Le rêve de Voltaire l’illustre de la manière la plus heureuse. Ce qui nous paraît en revanche limité, chez le Chessex romancier, tient au développement des personnages et surtout des figures féminines, qui relèvent plus du type que de la personne intéressante en tant que telle.

L’ogre, consacré par le Prix Goncourt en 1973, ne fait pas exception.

Une suite de batailles

A l’évidence, et de son propre aveu d’ailleurs, Jacques Chessex a conçu son œuvre comme une suite de batailles, et le lui reprocher serait vain, même s’il est légitime de préférer tel aspect de son œuvre à tel autre. A cet égard, ses «romans Grasset» participât d’un certain réalisme français, issu de Flaubert et de Maupassant, ont sans doute compté pour l’essentiel dans la reconnaissance de Jacques Chessex par la France. Cela étant, son œuvre est à prendre dans son ensemble multiforme.

Jacques Chessex n’a cessé, de fait, de creuser plusieurs sillons, en alternance ou simultanément: la poésie, rassemblée chez Bernard Campiche en 1999; le roman ou les nouvelles comptent parmi les plus belles pages de l’auteur; les proses, autobiographiques le plus souvent, mais tissées de digressions et portraits constituant un autre aspect du grand art de Chessex; enfin de nombreux essais. Les saintes écritures consacrées aux auteurs romands et nettement plus datées, entre autres écrits sur des peintres et autres lieux. Plus récemment, les ouvrages plébiscités par le grand public.

PIERRE BLANCHARD / JEAN-LOUIS KUFFER

Avis de décès

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24 Heures le 12 octobre 2009

24h Avis Chessex Jacques LausanneSa compagne: Sandrine Fontaine; Ses fils: Franois et Laetitia Chessex-Borgeaud, leurs enfants Camille et Thibaud; Jean Chessex; Sa súur: Marianne Chessex; Sa marraine: Jacqueline Chessex; Les familles parentes, allies et amies ont l'immense tristesse de faire part du dcs de Monsieur Jacques CHESSEX criv ain survenu le 9 octobre 2009, l'ge de 75 ans. Culte en la cathdrale de Lausanne, le mercredi 14 octobre, 10 heures. Honneurs l'issue du service. Domicile mortuaire: chapelle Saint-Roch. Adresse pour messages: avenue des Alpes 5, 1006 Lausanne. Cet avis tient lieu de lettre de faire part.

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24 Heures le 13 octobre 2009

24h Societes Chessex Jacques Ropraz

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24 Heures le 13 octobre 2009

24h Societes Chessex Jacques RoprazLA MUNICIP ALIT ET LE CONSEIL GNR AL DE ROPR AZ ont le vif regret de faire part du dcs le 9 octobre 2009 de Monsieur Jacques CHESSEX bour geois d'honneur de la c ommune de R opr az e t ancien membr e du C onseil gnr al Q u e s a f a m i l l e t r o u v e i c i n o s v ú u x d e r c o n f o r t e t t o u t e n o t r e s y m p a t h i e .

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24 Heures le 13 octobre 2009

24h Societes Chessex JacquesLA SOCIT DE BELLES-LET TRES DE LAUSANNE a le profond regret de faire part du dcs de Monsieur Jacques CHESSEX

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24 Heures le 5 décembre 2009

24h Merci Chessex Jacques

Voir toutes les personnalités
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Sylviane Dupuis
Très cher Jacques, il me semble que dans la sérénité conquise qui était la tienne tu étais prêt à accueillir même la mort - mais elle est venue trop tôt et la conversation et l'amitié s'interrompent si brusquement que l'on en reste abasourdis, incrédules, et en larmes... A Sandrine, à tous ceux que tu laisses dans le deuil, va ce soir, désolée, mon immense affection.


Caroline Chervet
Nous, vos voisins à 2 et 4 pattes, sommes très tristes. On ne vous croisera plus dans le jardin, et déjà nous vous regrettons. De tout coeur avec vous, proches dans la peine. Nos pensées vous accompagnent. Caroline, Tara & Eliott


Philippe Leignel
Immense émotion, bien sûr, pour l’ancien élève que je suis… Mais aussi salut au poète, au combattant de la parole et de l’art qui a eu, peut-être, la seule mort qu’il pouvait souhaiter, au milieu de tous. On pourrait dire, selon une expression qu’il aurait aimée, je pense, qu’il a été «repris» avec cette soudaineté dramatique qu’il affectionnait tout particulièrement - lui qui détestait le silence coupable dans lequel ce pays s’enferme bien souvent, terrorisé qu’il est par la parole dite et la vérité qui éclate. Sa mort est ce scandale très beau. «Comme tout ce qui naît doit mourir, tout ce qui meurt doit renaître», prétend quelque vieux texte : adieu, poète, nos coeurs auront très froid ce soir, mais rien n’est perdu si le sage a dit vrai…


Jean-Daniel Favre
Tu m'as ecouté et je te remercie. Ton regard,profondément bon,restera en moi.repose dans le calme. (le forain)


Jean-François Cand
Un témoignage d'immense affection à Sandrine, avec laquelle Jacques Chessex est devenu un écrivain, un artiste serein, magnifique, encore plus intense et universel.


Henri-Dominique Paratte
Jacques, cela fait depuis les années 70 qu'on se connaît, qu'on se parle, qu'on s'écrit. Je suis l'une des rares personnes dont tu aimais que j'écrive sur toi, parce que tu savais que je partageais ta vision: ne pas se faire d'illusions sur ce monde baroque où le pire côtoie le meilleur. J'ai sur ma table de nuit "Adieu, mère", et j'ai fini il y a quelques semaines cette histoire terrible d'assassinat antisémite, qui te taraudait déjà dès les années 70. Ton oeuvre immense, intense, sans concessions, continuera de nous interpeller en ce siècle dont tu auras franchi l'orée, et dont nous espérons, comme tu l'espérais, qu'il sera moins horrible que le précédent, car l'horreur finira par être horreur ultime. Je te souhaite, cela va de soi, toute la beauté et toute la douceur du monde dans la nouvelle dimension que ton coeur immense habitera désormais...


Emilienne Farny
Chère Sandrine, Je te dis tu comme je disais tu à Jacques. Je pense à toi et à lui, peut-être encore plus à toi aujourd'hui. Très tristement Emilienne


Henri-Dominique Paratte
Honte à moi: alors que l'adieu, c'est à toi que nous le disons, je te cite mal, sous le coup de l'émotion: c'est "Pardon, Mère", et non "Adieu, Mère", dont il s'agissait. Si pour tes proches plus encore que pour nous tous la perte de la personne JC est irréparable, comme toute disparition d'un proche, faut-il dire et redire, aujourd'hui plus que jamais, que tu as installé durablement non seulement Lausanne et les lettres romandes, mais les littératures "francophones" trop souvent marginalisées, au coeur même des "lettres françaises"? Alors...pardon, Jacques!


Stéphanie Ramadani
Toutes mes condoléances à la famille de Jacques, nous perdons là un homme humble et un écrivain extraordinaire.


Jacques-Alain Clément
Chère Famille, Un jour de fête et de joie, nous avions partagé votre bonheur lors des Noces de Laetitia et François, journée inoubliable qui avait resserré, revigoré ou créé des liens d’affection. Aujourd’hui notre peine est grande, tant ce départ prématuré nous blesse et nous désarçonne. Ne pouvant imaginer le poids de votre peine et de votre douleur ; nous ne pouvons que l’accompagner de notre amitié profonde et de notre compassion. Puissent les souvenirs indélébiles que votre cher Parent vous laissent, cicatriser les stigmates de ces heures et moments d’effroi. Homme de plume et de notes, Pierre Bachelet chantait un message qui aujourd’hui sied à l’hommage que nous aimerions laisser ici : L'encre sèche dans l'encrier À qui le courage de le refermer ? Ce qui reste sans eux, c'est encore eux Ça vous brûle au fond des yeux Partis avant d'avoir tout dit… Bien à vous et avec vous. Robert Chatelan, Jacques Alain Clément, Restaurant Le Raisin, Les Cullayes


Philippe Pache
On a trop dit que Jacques Chessex était l'écrivain des ombres et de la mort . Pour voir si bien les ombres, il faut connaître la lumière et Jacques Chessex était un être éminemment lumineux . Si son oeuvre est immortelle, savoir que ce si délicieux sourire, ce regard pétillant s'est éteint d'un coup,comme ça, sans prévenir, est un choc. Presque impossible à croire . Alors des pensées d'abord pour Sandrine et bien sûr ses deux fils, et les nombreux proches ... On perd un grand artiste et le Canton de Vaud est un peu moins intelligent depuis vendredi soir ...


Odette Narbonne
Cher Monsieur Chessex, Au salon du livre, je vous avais dit combien votre livre "Pardon mère" m'avait agacée et combien il m'était difficile d'accepter qu'une mère doive être morte pour que son fils la comprenne enfin... Vous avez rejoint votre chère Maman incomprise de son vivant.Aujourd'hui,je suis heureuse pour vous car vous allez enfin la comprendre.... Toutes mes sincères condoléances vont à vos proches. Odette


Rose Kistler
L'Amitié, ta bonhommie, tes coups de poings sur la table ronde au Café Romand, toujours un ouvrage sous le bras et le temps de converser entre l'attente du train ... le magnifique conte du Renard qui disait non à la lune offert à ma fille qui était sous ton charme, seront de merveilleux souvenirs et tous ces moments partagés demeureront dans mon coeur. Toutes mes pensées à ceux/celles que tu laisses dans la peine. A méditer:"Vivre sans amis, c'est mourir sans témoins".(G.Herbert) R.I.P.


Patricia Anne Elwood
Cher Jacques, Je vous remercie d'avoir toqué à ma porte au Cheneau de Bourg il y a bien des années, où on revivait des ambiances des jardins athéniens d'antan. Anima et animus se sont rencontrés à travers Joyce et Salomé, vous étiez le guide parfait qui aimait voyager dans les méandres de l'inconscient collectif. Je reste reconnaissante pour ces années d'inspiration et de "creative thinking". Un grand vide reste à combler mais un vrai géant ne meurt jamais. Je regarde sur ton pays tant aimé, par dessus forêts et collines, j'entends l'appel de Siegfried et je sais que votre voix résonne encore bien au delà d'une forme mortelle. La très grand générosité de l'Ogre que vous êtes m'a marquée et me laisse avec une immense gratitude. Mes sincères condoléances accompagnent les vôtres aujourd’hui. My deepest heart felt affection accompanies you into eternity, Patricia Anne Elwood analyste jungienne


Claudine Gerardi Zürcher
C'est au professeur de français, Gymnase de la Cité, que s'adressent ces mots. Celui qui a su faire jaillir de nos plumes hésitantes le meilleur de nous-mêmes parfois, avec une passion et une exigence qui nous poussaient au-delà de notre possible. Une très grande chance d'avoir croisé son regard et quel regard !


Cédric .
Nous habitions Ropraz, nous étions marginaux, il y a 20 ans environ. Nous avions froid, nous faisions ma femme et moi du stop. Nous avons été pris en stop dans une vieille camionnette, par un homme qui nous a parlé de Jacques Chessex. Je ne le connaissais pas encore, ma femme si. Nous avons compris assez vite que le conducteur de la camionnette était celui dont il nous parlait. Je me suis intéressé à ce personnage qui ne nous avait pas jugés, qui n'avait pas eu peur et qui nous avait rendu service. Notre vie n'était pas simple à cette époque. Plus tard, pour mon examen de maturité j'ai choisi un livre de Jacques Chessex, une sorte de remerciement pour ce transport qui nous avait fait du bien. Merci Monsieur Chessex et longue vie à vous. Maintenant de manière différente mais longue vie à vos oeuvres, à votre mémoire et encore merci.


Catherine Meuter
Vos cours m'ont bouleversée, transformée et par l'amour de la littérature que vous avez su me transmettre, j'ai grandi intérieurement. Vos oeuvres m'ont accompagnée comme un monde lumineux, un point de clarté sous un enchevêtrement d'ombres noires. Merci pour le jardin secret dont vous avez ouvert la porte.


Michel Robert
Il me faut être honnête..... je n'ai jamais lu un seul de vos livres... Mais, ce que je ressens à l'annonce de votre mort m'est inexplicable. Je sens qu'une immense aura a quitté cette terre. Quant au fait de ne pas avoir lu vos livres, je peux réparer cette erreur, vos livres étant, eux, immortels. Meilleurs voeux de sympathie à votre famille.


Mlle Julie De P.
Te voilà loin de toutes vicissitudes Contemplant d'un oeil clair Ce que tu as donné au monde Depuis une dimension sans âge Qui est notre vraie patrie Te voilà dans ce rien que tu attendais Le passage fut rapide comme ton âme est vaste Te voilà hors de nos couleurs De cette épaisseur prêtée Qui n'est qu'un point vers le pays Où tu as enfin atterri Qu'est-ce que le temps qui nous sépare? Une porte de papier, un portail de malentendus Que mon coeur brûlant réduit en cendres.

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