Suite de l'hommage lu en l'église de Plan-les-Ouates le 20 novembre 2019. Bernard est alors un observateur attristé des intrigues locales, des ambitions radicales, des arrogances de l’Action villageoise. Ou était-ce le contraire? Il est conseiller municipal de 1967 à 1991, un bail. Entre 77 et 85, il ajoute le mandat de député au Grand Conseil. Il accède au bureau en 1985. Une mauvaise langue m’a dit que l’élu agricole n’avait jamais pris la parole en plénum. Vrai ou faux, ce n’est pas un défaut, à mon avis. A suivre les débats sur Léman Bleu, on se dit que bien des beaux parleurs feraient bien de rester cois. Le temps passe. Les temps changent. Chacun vit sa vie. Les paysans seraient devenus des empoisonneurs... On veut en faire des jardiniers du paysage. Le maraîchage prospère hors sol, l’agriculture se cherche de nouveaux souffles. Un Vert, qui le tient haut, a créé un label prometteur: Genève Région Terre Avenir, GRTA. Désormais, GRTA se prononce “greta”! Dans la maison du bas d’Arare, Marie-Madeleine, une nouvelle compagne, s’installe puis passe. Une autre, Ida, demeure. Fidèle depuis vingt ans, avenante, sympathique, cette Meyrinoise, amoureuse des rosés légers, sait recevoir. Elle fut pour Bernard, qui craignait la solitude, une caresse pour ses vieux jours un joyeux rayon de soleil. Elle l’est toujours pour nous. La famille, les amis sont toujours là , même si on en perd en chemin. La vie n’est pas toujours rose. Bernard a eu, plus que d’autres, son lot de coups au coeur: la séparation d’avec Eliane, le décès de deux de ses enfants, Corinne en 2001, Chantal l’an dernier. Il ne se plaignait jamais. Il restait digne, conservant ces trop gros chagrins enfouis. A l’évocation de ces malheurs, les plus intimes d’entre vous ont bien senti les larmes poindre dans ses yeux. Il est temps de dire merci. Merci à ceux qui l’ont aimé à un moment ou à un autre, accompagné naguère ou aujourd'hui, bousculé même. Merci à Bernard pour sa droiture et son honnêteté, ses engagements. Merci pour cette vie longue, somme toute, plutôt heureuse. Elle aura creusé son sillon dans ce coin de terre, qui, comme le dit son nom - Arare - est terre de labour. Depuis la nuit des temps.