Loin de Genève, j’étais privé depuis des lustres du plaisir de voir Jan Marejko. La nouvelle de sa mort ne m’est parvenue qu’il y a quelques jours. J’avais approché Jan à la suite de son premier bouquin, si controversé; puis mes enfants ont eu la chance de l’avoir pour prof, ce qui nous a rapprochés encore. Nous discutions, nous échangions des conseils de lectures, nous participions à des cafés philo, où il était toujours prolixe, mais si cultivé, si original dans ses arguments qu’on lui pardonnait de dépasser tous ses temps de parole. Je relis souvent des pages de ses livres pour retrouver la saveur d’une pensée libre. Jan n’était pas à sa place dans le monde – pas seulement les milieux intellos, qui ne souffrent pas la différence, mais dans la Suisse en particulier et le cosmos en général. Il n’excluait pas l’idée que nous sommes attendus à la fin de cette vie. Je souhaite que là où il se trouve, il ait réconcilié les contradictions qu’il portait en lui et qui rendaient sa philosophie si originale et passionnante.