Tu avais 14 ans quand j’ai vu le jour. Tu t’es occupée de moi comme une enfant de sa poupée. Tu aimais aller me promener avec la poussette. Plus tu courais en bas de l’avenue, plus le volume des éclats de rire s’amplifiait ! Une complicité mutuelle était née entre nous. Elle n’était entrecoupée que par ton travail à la poste de Nyon où tous les clients connaissaient Mademoiselle Girardet ! Le guichet débordait de bonne humeur ! La présence d’un magasin de disques en face de la poste t’avait mis à la pointe du progrès technique. Tu as égayé la maison avec les premiers microsillons qui tournaient sur le pick-up rouge. Recevoir sa première montre ou une Bostitch à la fin des années 50, c’était un privilège inoubliable. Tu aimais donner pour faire plaisir. A ton mariage, j’avais chanté « Yvette, que tous les jours, nous attendions avec joie ton retour ». C’était en effet un grand moment quand tu amenais des dattes pour Papa, de la glace vanille dans ton sac en cuir brun clair pour toute la famille, le tout remonté de la ville avec ton vélo. Entre deux, je te rendais visite à la poste, pas pour effectuer des paiements mais pour en recevoir ! Merci, Petite Sœur, pour ta générosité. Tu n’avais qu’un seul objectif : aider ton Prochain, quel qu’il soit. Tu voyageais aussi à l’étranger, à l’Expo de Bruxelles, aux îles Baléares. Et le dimanche après-midi, comme tu conduisais, nous sortions avec la Fiat familiale. Et, un jour, tu as suivi ton prince charmant et tu es partie de la maison. Elle ne résonnait plus de ta présence, même si j’avais repris ta chambre avec les beaux rideaux. Moins de deux ans plus tard, cette maison perdait son âme. Notre Papa s’en allait. Le vide devenait immense, suivi de violentes turbulences, Tu as tout fait pour que la tempête se calme, mettant en pratique le verset qui figure sur ton faire-part « Cherche la paix avec ténacité ». Tu as accepté avec affection ma princesse charmante. Pour nos enfants, « Tante Yvette » est devenue LA personne de référence. Tu étais présente à Genève et Zürich quand nous quittions ou rentrions en Suisse. Pendant nos absences, tu t’es occupée d’une manière exemplaire de Maman. Tu as fait ses commissions, tu l’as promenée, tu lui a témoigné une affection sans limite. Enfin, tu l’as veillée quand est venue l’heure de la séparation. Tant d’amour nous a amené à t’inviter dans les Andes équatoriennes. Avec toi, nous avons grimpé le Chimborazo, à 5200 mètres d’altitude, visité les merveilles de la création aux Galapagos et en Amazonie ! Que de bons moments nous avons passé aux sons de la musique sud-américaine. Notre complicité avait encore grandi ! Voilà deux mois, nous nous retrouvions en famille à Berne. Tu avais amené avec toi la si bonne tourte au kirsch dont tu avais le secret. Nous avons passé une magnifique journée. Tu t’étais même remise au suisse-allemand pour communiquer avec tes petits-neveux et nièces ! Eux aussi sont tristes. Tante Yvette était déjà aussi quelqu’un à part. Petite Sœur, nous te disons M E R C I pour tout ce que tu as fait. Pendant plus de 6 décénnies, tu auras marqué ton passage ici-bas par un amour du prochain sans égal. Tu t’en est allée. La séparation est dure et fait surgir des pourquoi. A cette question, tu nous laisses la réponse : « Votre Père sait ». Au revoir. Willy