CHARLES-HENRI FAVROD, L’INTELLECTUEL DE LA FAMILLE. Dans le Montreux du début des années 60, enfant, j’adorais me rendre chez ma grand-tante. Elle avait toujours des histoires extraordinaires à raconter sur les voyages de son fils, Charles-Henri. Parfois, avant de prendre son train de nuit pour Paris, je pouvais lui poser des questions sur ses périples lointains et même sur la crise de Suez, lors de l’indépendance égyptienne. A cette époque, il n’y avait pas l’internet ni le tourisme de masse. Chaque photographie ramenée d’un pays exotique suscitait un immense intérêt. J’étais plus assidu à la lecture de ses articles de presse que les manuels de l’école primaire vaudoise. C’est de là que m’était venu l’envie des grands voyages. Par la suite, je me suis engagé dans la marine, comme machiniste, pour parcourir le vaste monde. Mon père m’avait aussi beaucoup parlé du rôle qu’avait joué notre cousin pour la décolonisation de l’Algérie française. C’était le temps de la Guerre froide et l’influence ascendante de Che Guevara et Ben Bella. A Caux, sur les hauts de Montreux, le «Réarmement moral» luttait contre l’hégémonie du communisme dans les pays en phase d’indépendance. Favrod a su concilier des personnalités aux desseins contradictoires et qui ont finalement signés les accords d’Evian, en 1962. Le restaurant montreusien, le Hoggar, avec son décor exubérant, lui servit de lieu de rencontre avec des gens du FLN. Hormis la spéculation immobilière, l’évasion fiscale et le négoce des richesses du tiers monde, les rives du Léman inspirent, aussi, les hommes de bonne volonté à prendre des initiatives positives pour l’avenir du monde. Jean-Claude Cochard, les Avants.