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Tribune de Genève
20 mai 2014
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Dernière condoléances

  • Il y a plus de 4 ans

    Texte prononcé à l’occasion des obsèques en l’église Saint-Joseph à Genève, le vendredi 23 mai 2014. Cérémonie célébrée par l’abbé Gérard Barone. Hommage à Georges Crispini (18 septembre 1921 – 18 mai 2014) Ne dites pas: mourir; dites: naître. Victor Hugo, Contemplations, I, 5. Une petite évocation, pas de grands discours: tu n’étais pas de ce monde-là, tu n’aurais pas aimé ça. Avec toi un coup fil ne durait jamais longtemps… Ceux qui t’ont appelé ont pu en conclure que tu ne t’intéressais pas à eux, tant cette brièveté pouvait déconcerter. Pourtant c’est autre chose qu’il aurait fallu comprendre: surtout ne pas déranger, ne pas faire perdre du temps aux autres. «Vous êtes heureux?» était sa préoccupation essentielle, parfois ponctuée, pour les intimes, d’un «Je t’aime», à peine murmuré, raccrochant aussitôt, comme gêné d’avoir trop dit. C’est qu’il te coûtait d’embêter les gens avec ta mauvaise santé, alors que tu aurais tant aimé les ravir par ta force d’ancien sportif, de marcheur jamais rassasié grimpant comme un cabri, torse nu, les sommets des montagnes de ton cher Valais, épuisant tes suiveurs. Tu aurais aimé pouvoir leur rappeler l’énergie du coup de pédale de ta jeunesse lorsque, fou de vélo, tes dieux s’appelaient Fausto Coppi, Bartali ou Kubler… Tu aurais préféré leur transmettre ton savoir-faire de pointeur chevronné à la pétanque, dans les tournois avec tes amis de Vercorin que tu chérissais tant. Et puis, il y avait aussi ta passion de toujours: ce sacré football, auquel tu consacras longtemps ton temps libre pour rejoindre l’entraînement des premières équipes, longiligne et beau comme un italien, célébrant un jeu qui, alors, n’était pas encore dévoyé par l’argent-roi: amateur ardent et désintéressé, tu donnais tout pour une communion éphémère des corps et du don de soi sur le terrain. Tu leur aurais encore rappelé que, l’âge venant, tu n’avais pas dételé, te dévouant corps et âme pour le club naissant du FC Collex-Bossy, où tu t’efforças d’être de tous les tournois, dans le canton, en Suisse, à l’étranger, acceptant souvent le rôle obscur de caissier, laissant à d’autres le soin de se mettre en avant: toujours ta discrétion, le souci de ne pas déranger… Oui, le sport fut ta vie. Même dans tes dernières années, alors que la vue t’avait cruellement abandonné, tu continuais à suivre tous les sports à la télévision, en en surprenant plus d’un par ta connaissance des équipes, des noms des joueurs, des enjeux, bien que tu ne puisses plus lire et ne percevoir que des formes vagues ou le son des commentateurs… Tu aurais sans doute été heureux de partager ta passion inextinguible avec ton unique fils, lui qui choisit l’art et la musique, et pour qui le sport a toujours été à peu près aussi inexistant qu’il le fut pour Sir Winston Churchill… Une fois de plus tu respectas ce don et ne t’opposas pas à sa carrière dont, pourtant, en père soucieux, tu ne cessas jamais de craindre le côté saltimbanque. Si tu ne lui fis jamais directement de compliments, feignant une sorte d’indifférence, tu suivis toujours à distance – par personne interposée – les péripéties de son destin de musicien. Tu fis même mieux: quand il créa à Genève ses premiers ensembles, tu l’aidas «en coulisses», t’enfuyant avant la fin des concerts pour ne pas envahir ce monde auquel il te semblait ne pas avoir le droit d’accéder. Ne pas déranger, surtout ne pas déranger… Après la disparition de ta chère épouse Isabelle, tu te retrouvas seul dans ton appartement des Pâquis. Mais pas question d’embêter le monde: contredisant ceux qui pensaient que tu ne survivrais pas longtemps à ce terrible départ, tu te débrouillas seul, faisant tes courses à l’aveuglette, préparant tes repas, gérant tes paiements à la poste, résistant même au déambulateur – que les souffrances de ton dos rendaient pourtant indispensable – pour garder la tête haute, appuyé sur une petite canne. Tous en témoignent: on te voyait tôt le matin rasé de frais, bien coiffé, portant beau, dans des vêtements simples.

    De la part de Patrick et Herveline Crispini
  • Il y a plus de 4 ans

    Absent de Genève je vous transmets mes plus sincères condoléances et m'associe à votre deuil. Richard Albanesi

    De la part de Richard Albanesi