Tu ne recherchais pas la célébrité, ni les honneurs, tu les fuyais. Malgré ton immense talent, tu es resté humble et modeste, tu es resté Marcel le Gruyérien. Trouver un emploi à cette époque (1955/56) n'était pas chose facile, alors tu t'es fait "migrant" de courte distance et ton emploi, tu I'as trouvé dans le canton de Vaud comme mécanicien de précision. Ce métier ne te convenait pas, tu désirais devenir photographe, ce que tu as réussi au-delà de tes espérances. Ce 16 novembre, d'importants personnages te feront des éloges et te rendront hommage. Moi, plus modestement, je revis en pensée les bons moments que nous avons passés ensemble, chez toi à I'avenue Vinet 17, dernière maison de ma tournée postale. Nous avions découvert que nous étions contemporains à quelques semaines d'écart: nous sommes nés en 1929, l'année de la crise financière et de I'effondrement de l'économie mondiale. En plaisantant, tu me disais: "Les costauds ont résisté et nos parents dormaient tranquilles car ils n'avaient rien à perdre." Chez toi, dans ta salle de bains, tu m'as montré comment d'une pellicule nous pouvions obtenir une photo à partir d'un négatif et du révélateur. Je n'ai pas compris grand-chose mais j'ai cru à un grand coup de magie de ta part. Devenu professionnel, tu m'as demandé pour ton premier travail de photographe de pouvoir venir faire des photos de mon mariage, ce que j 'ai apprécié; ce fut mon plus beau cadeau car tu as refusé d'être payé. En ta compagnie, j'ai reçu un bisou de la chanteuse Barbara dans ton atelier (caverne d'Alibaba) de la rue de I'Ale. La mort assez récente de ta merveilleuse épouse Mylène t'a anéanti et tu t'es laissé mourir par amour, car pour toi, I'amour était ta raison de vivre: l'amour de tes proches, de la nature et, par-dessus tout, I'amour de Dieu. Jusqu'à ma finitude, je garderai de toi un lumineux souvenir et te dis A'Dieu I'ami, on t'aimait bien. Ton ancien facteur, Gérard FREY