Un jour, j’ai rencontré Claude Tâche. Il y a plus de 15 ans déjà. C’était à Montreux, à l’occasion d’un séminaire de formation pour médiateurs scolaires. Inspecteur à la brigade des mineurs, j’animais un atelier consacré à la prise en charge des mineurs victimes de mauvais traitements. A l’occasion d’un repas, je me suis trouvé assis à côté de Claude. Nous avons immédiatement sympathisé. A sa droite, se trouvait son épouse, enceinte. Comme j’’étais papa depuis quelques années, je me suis adressé à Claude : « tu verras, c'est formidable d'avoir des enfants ». Claude: « je le sais, j'en ai eu ». « Ah bon, tu es divorcé ? ». « Non. Ils sont morts, et ma femme aussi… ». Frissons, silence respectueux. Claude m’a alors raconté les circonstances du drame qui l’avait privé de sa première famille. J'ai alors poursuivi: « Claude, permets-moi une seule question, qu'est-ce qui t'a aidé à être l’homme que tu es aujourd’hui ? ». Il m'a répondu : « le jour où j'ai arrêté de me demander: pourquoi ? et que j'ai regardé devant moi ». Ainsi, Claude, tu as continué à vivre, à partager ta vie, à donner la vie, à aimer, à aider les autres, à vivre. J’en ai déduit que c’est donc dans la vie que l’on trouve les solutions, sa solution. Quant au sens de la mort, et ton départ nous le rappelle à tous, j’avoue humblement que je n’ai pas encore trouvé les réponses à bien des questions. Chacun, chacune, doit dès lors chercher ses propres réponses là où on peut trouver l’apaisement, la consolation, après le doute, la colère, le déni, le chagrin.
J’ai eu l’immense chance de te connaître. Même si nous nous sommes perdus de vue depuis bien des années, je ne t’ai jamais oublié. C’est pour cela que je livre le présent hommage, malgré que j’aie dû réveiller pour certains des moments douloureux. Jusqu’à ce que cela soit mon tour de m’en aller, je ne t’oublierai jamais. Tu demeures un exemple lumineux et je me suis plusieurs fois inspiré de ton vécu pour tenter modestement d’apporter ma part de consolation auprès d’amis, de proches, plongés dans le chagrin. Et si je suis frappé par l’épreuve, je m’appuierai sur ce que notre rencontre m’a laissé.
Je suis convaincu que tu as confié à ta femme, insufflé à tes enfants, une part de la force, de l’espoir qui t’ont animé. Je leur adresse toute mon affection.
Von Arnold Ottonin