Mon Serge, 4 décembre 2015
Tu étais poète, tu étais écrivain, tu étais plein d’humour et de tendresse, tu étais mon ami, mon complice, mon vieux copain … mon frère !
Nous nous sommes connus quand nous avions tous les deux 18 ans, (3 mois seulement nous séparaient). Cela fait maintenant presque 50 ans. A cette époque où nos cheveux tombaient sur les épaules pour ressembler à John Lennon, et où tu arborais une belle barbe que je t’enviais, car la mienne n’a vraiment bien poussé que vers mes 20 ans.
Te souviens-tu de nos 400 coups au Wallington, où nous passions presque tout le week-end à écouter de la musique ? Et au Psycho où nous discutions pendant des heures plusieurs soirs par semaine ? Nous parlions de sciences, d’univers, de voyages dans le temps, de mondes parallèles, de big-bang, d’extraterrestres, nous nous moquions des pseudo-scientifiques et lire ou écouter Jacques Bergier nous faisait rire aux larmes. Nous refaisions le monde à notre manière. Et au Péruvien où nous allions avec notre bande de copains et de copines écouter un pianiste de bar qui chantait Brel, Bécaud, Aznavour, Ferré, Brassens et d’autres. De même à la Crédence où nous rencontrions d'autres poètes et écrivains, échangions nos écrits et nous corrigions mutuellement. Nous nous lisions nos poèmes et nos proses en buvant des bières et en critiquant nos écrits avec gentillesse et respect.
Puis, tous ces bistrots ont disparu. Nous, nous avons continué notre route sans eux.
Je me souviens d’un samedi soir. Nous avions décidé de faire le tour du Lac Léman en auto-stop… Évian, Thonon, Saint-Gingolph, et arrivée à Montreux au milieu de la nuit. Deux filles nous avaient pris en stop et nous avaient hébergés ... en toute amitié. Nous sommes repartis le dimanche matin pour arriver à Genève en fin d’après-midi. Nous avions bien rigolé pendant ce périple que nous vivions comme un voyage lointain. Nous étions jeunes, nous nous sentions forts et beaux.
Et puis, nous avons grandi. Tu t’es marié avec Françoise qui faisait partie de notre bande de copains et copines, et je suis allé trouver Nicole, dans un groupe de jeunes chrétiens parce qu’en 1974 j’avais pris le chemin de la foi. Plus tard tu as rejoint notre groupe de jeunes et tu as accepté le Christ comme ton sauveur. Je me souviens qu’avec Jean-Claude Chabloz, nous avions prié pour toi dans une cabine téléphonique, en 1975. Il pleuvait fort ce soir-là et c’est toi qui nous as demandé que l’on s’abrite dans cette cabine de Plainpalais pour prier ensemble. Nous étions serrés, les vitres étaient toutes embuées et nous avons prié avec toi dans cet espace où personne ne nous voyait, à part Dieu.
Tu as toujours été franc et sincère dans tes paroles et dans tes actes. Et même en poussant mes neurones au maximum, je n’arrive pas à me souvenir que tu aies un seul jour élevé la voix ou que nous nous soyons engueulés tous les deux. Tu étais un facteur de paix au sein de notre amitié, alors que moi je pouvais souvent m’emporter pour un rien. Et c’est là qu’avec ton calme impressionnant, tu me posais la main sur l’épaule et tu me disais: « Laisse tomber, fils, on vas pas s’énerver pour ça ! ». Ton calme et ton sourire étaient contagieux et m’apaisaient d’un coup.
Plus tard est née Sophie et quand elle avait 19 mois, nous avions passé plusieurs jours à Liddes (en Valais) dans le chalet des parents de ma femme Nicole. Il faisait assez froid, et Sophie était un peu malade, mais c’est dans nos discussions, dans nos partages et dans l’amitié que nous trouvions la chaleur pour nous réchauffer et réchauffer ton bébé. Nous, à cette époque, nous n’avions encore aucun de nos 3 enfants.
En même temps que l’écriture qui nous reliait fortement tous les deux, tu t’es mis au théâtre. Nous sommes venus te voir jouer dans plusieurs pièces. Je me souviens d’un soir où tu jouais dans « L’avare » de Molière, j’étais assis au premier rang et tu me lançais un regard de temps à autre.
Von Christian Fonck