La montagne est en deuil. La neige a enseveli cinq hommes qui l'aimaient. Parmis eux, Alain, mon ami, mon frère de coeur... La montagne qu'il affectionnait tant me l'a enlevé, l'a oté à sa famille, à tous ceux qui ont croisé sa route, qui ont partagé son enthousiasme, sa bonne humeur, ses passions. Et comment ne pas ressentir de l'injustice face à une fin aussi tragique, aussi brutale. J'avais 15 ans lorsque je l'ai apperçu pour la première fois. Nous ne nous connaissions pas, mais il m'a adressé un grand sourire et d'un geste familier de la main, m'a invité à m'installer à côté de lui. Nous avons vécu coude à coude depuis ce jour. A l'école, au recrutement, dans la vie professionnelle. Nous avons fait, par la suite, des choix différents, mais jamais notre amitié n'a eu à souffir de la diversité de nos parcours et activités. C'est avec le même bonheur que nous nous retrouvions entre deux escales pour partager, dans la joie, nos expériences nouvelles et nos souvenirs anciens. Ma peine est immense. La disparition d'Alain me laisse le coeur vide, et pour longtemps. Au revoir, Alain. Je garde l'espoir secret que nous pourrons, un jour, nous retrouver là-haut et partager encore et encore.... Une citation, pour finir, d'Henri Troyat, tirée de "la neige est en deuil": "Ils s'assemblèrent autour d'un lit. Un grouillement laineux emplit la chambre. L'Hindoue semblait flotter sur un nuage de toisons pâles et touffues. Isaïe caressait le dos des bêtes et disait: -Ne faites pas de bruit... Vous voyez, il dort".