J’ai découvert Le Vieux Paris un matin de février 89. Arrivé de France la veille, 1ère visite à Genève, un enchantement, là, à 2 pas de la gare… rien vu ailleurs de semblable… déambuler seul au point de s’y perdre. Quantité de trésors, richesse inégalée pour tout le monde, bagnoles, camions, pompiers, soldats, trains, figurines, bouquins et revues, maquettes, circuits, peintures, accessoires… tout! Et quel personnage! Bourru n’est rien de le dire mais avec le temps, à fidélité aux lieux, quelque chose de fort passait. Je ne ressortais jamais les mains vides, un prolongement de l’enfance qui n’en a jamais eu autant. Un an avant, j’y étais allé avec la mère, ils ont discuté, ils avaient presque le même âge… avoir vécu la même époque, même différemment ça rapproche. La dernière visite, un peu plus tard, est inoubliable. J’avais inventé un jeu et j’étais allé lui demander conseil. Il y a passé tout son temps, téléphoné à un type qui fait des modèles réduits sur mesure pour savoir ce qu’il était possible de faire et pour combien, il m’a parlé de Romain Grosjean et de son père qu’il m’a présenté comme son ami, m’a fait des confidences à ce sujet… qui restent ce qu’elles sont entre nous et pour toujours. Romain était en plein boom chez Lotus, mais après un passage difficile de sa carrière… Il devait le rappeler pour confirmer les petites voitures pour mon jeu. Il ne l’a pas fait, j’étais très pris, j’ai pas appelé non plus, j’étais pas pressé, le temps semblait sans limites, nous allions nécessairement nous revoir, il l’avait dit à ma mère, il était solide et ne pensait pas à s’arrêter… et ce fut la dernière fois. Magasin vidé, la foule, les rayons qui se vident… je vois cela avec retard au hasard de mes voyages à Genève… mais que s’est-il passé? J’ose demander. J’ai jamais trop su exactement. Accident ou malaise? Tristesse qui en 2020 est toujours là. Ourse comme Denis Hulme, premier et dernier champion du monde de f1 néo-zélandais... mais si attachant, si vrai même si roublard… probablement. Et alors? Il me manque, le Vieux Paris me manque, qu’il repose en paix, il a fait tant d’heureux, tant de générations… les jeunes ont perdu une caverne d’Ali baba, vestige d’un monde qui disparaît inexorablement. L’odeur de la poussière et du moisi, du vieux nous et du lino vieilli ne sera jamais remplacé par tous les réseaux informatiques du monde. Adieu Henri