A. Combien j'ai désiré qu'aux pages de ce livre, O mon ami, ton nom fût inscrit, tu le sais, Afin que si mes vers quelques jours doivent vivre, - On peut bien s'en flatter, hélas ! avant l'essai, - Parmi les souvenirs que j'enchâsse en mes rimes, De notre ancienne et chère et si douce amitié, Quelque chose après nous durât, comme s'imprime Une fleur desséchée aux feuillets d'un herbier ! Certes, beaucoup de mains vers moi se sont tendues ; Mon cœur, aux jours d'angoisse, à sentir qu'on l'aimait, A savouré d'exquises joies inattendues ; Je serais un ingrat de l'oublier jamais. Mais toi, tu as été l'humaine providence, Toujours veillant, prêt à répondre à mes appels. Que de fois l'ombre sur mon chemin, l'ombre dense, S'est dissipée à ton sourire fraternel ! Que de fois j'ai trouvé dans ton âme énergique L'appui, le ferme appui dont la mienne a besoin, Mon âme d'enfant, prompte aux désespoirs tragiques, Et qui souvent voudrait s'enfuir loin, oh ! si loin. Oui, que de fois, car l'espérance t'accompagne, O toi, qui ne sais pas te donner à demi, Frère des nobles cœurs célébrés par Montaigne Au chapitre divin qu'inspira son ami ! Mais je t'ai lu ces vers et tu m'as dit : " Qu'importe Que des indifférents unissent nos deux noms ! Si je fus quelquefois la main qui réconforte, Tu peux t'en souvenir, mais le proclamer, non. " Va, l'amitié n'a pas besoin de récompense, Quand c'est elle qui parle il n'est point d'obligé. Ce que je te dis là, c'est mon cœur qui le pense, Craintif plus que le tien des regards étrangers." Moi, vainement, à tes raisons j'ai fait la guerre, Pourtant je ne veux pas contre toi m'obstiner, Mais tout au moins j'inscris au pieux reliquaire Ces strophes ou ton nom aurait dû rayonner.