Face sud du massif des Diablerets
L’équipe de montagnards…. Un jour de mars, ils me proposèrent de descendre depuis le sommet des Diablerets jusqu’à Anzeinde.
Une fois de plus je leur ai demandé « de quoi s’agit-il ? » J’entendais par là « Quelles seront les difficultés : le terrain, la préparation et le matériel ? » Ils estimaient que j’avais le niveau pour pouvoir le faire. « OK, je signe », formule qui laissait entendre que je m’engageais.
Le lendemain, nous voilà partis pour le sommet des Diablerets par la voie normale qui ne comporte d’ailleurs aucune difficulté. Mais le temps était bouché. Arrivé au sommet, au vu des conditions météo, je pensais que la course était finie, le brouillard hésitait entre face sud et nord. Je me disais : « Petite course, ça m’aura quand même fait du bien de prendre l’air… » Mais mes compagnons eux, étaient en train de fixer les crampons. Sur ce, je me suis empressé de les imiter, pour ne pas être le dernier. Sven ouvrait la désescalade pour atteindre le Pas du Lustre. On l’appelle ainsi par l’obligation de franchir un passage par un rappel, sur la face Ouest du sommet. Il permet de rejoindre le col de Tête Ronde. Nous avons passé plus de cinq heures en silence, à reculons, à assurer chaque pas… Nous voilà enfin arrivés au passage du rappel qui nous permettait d’atteindre le plat du col, là où nous pourrions chausser nos engins de glisse, eux des snowboards et moi, mes skis.
J’étais content, je pouvais être enfin tout à fait à l’aise. Milon, pour moi une référence, ouvrait la descente. Nous étions tous en train de le regarder… mais surtout nous écoutions la résonance de ses carres sur ce pan de glace. Il nous prévenait ainsi que la structure de la neige ne pardonnait pas. Chacun son tour « engagé… dégagé… » c’est-à-dire chacun ne s’engageant sur le passage que si le précédent est en lieu sûr, dégagé, à l’abri. Jean-Marc a suivi. Plus bas, il y avait la traverse d’un véritable toboggan… Je demande à Jean-Marc :
– Comment ça va ?
– Ce n’est pas le moment !
Sur le ton de « Ta gueule ! ». J’apprenais qu’il y a des moments de concentration qu’il ne faut pas interrompre. Je n’avais pas encore dégainé mon piolet, mais après ce que je venais d’entendre, j’ai compris que là, il ne fallait pas déconner. J’ai demandé à Yvan de me passer mon piolet fixé sur le sac. C’était le passage le plus dangereux, qui nous amenait vers un magnifique balcon où non seulement nous étions protégés des chutes de glaces ou pierres, mais surtout jouissions d’une vue exceptionnelle sur le Miroir d’Argentine qui flottait seul sur la mer de brouillard.
Nous étions en extase, en admiration...
Nous en oublions de regarder la montre… mais Milon s’exclama :
– Il faut y aller !
Il avait entièrement raison car le brouillard jouait au yo-yo et pouvait nous piéger en pleine pente à tout moment. Nous repartons en respectant les sacro-saintes règles de distance et de sécurité. Arrivés à l’endroit clé de la sortie, la largeur de la traverse ne dépassait pas la largeur d’un sentier de montagne, nous avions la vue sur des « gueules de baleines » (glissements du manteau neigeux qui mettent le sol à nu) que nous avions contournées. Il ne nous restait plus qu’à enchaîner les virages pour arriver sur le plat d’Anzeinde. Mes compagnons de course étaient nettement plus à l’aise sur leur planche que moi sur mes lattes. Je ne les voyais plus… je savais très bien où j’étais. Au moment où je les ai rejoints, Milon me dit :
– Quand on ne te voyait plus, Sven, Yvan et Jean-Marc se sont inquiétés, je leur ai répondu que pour toi, il n’y avait pas de souci d’orientation car tu étais dans le lieu de ton enfance.
Je n’oublierai jamais cette course par la face sud des Diablerets… Merci : Sven
A toute sa famille mes plus sincères condoléances.
Sven R.I.P
Jean-Claude Rossignol
De la part de Jean-Claude Rossignol