Christian, certains moments de notre existence tels que celui-ci, tant par leur imprévu que par leur sidération, nous rappellent que l’ordre de nos vraies priorités n’est pas celui que prône la société actuelle qui privilégie la réussite, le profit, le prestige, la célébrité et les honneurs. Dans ces moments de séparation, de tristesse et de retour vers les valeurs fondamentales, la seule vraie question que le jugement d’un possible créateur a dû te faire en te recevant, Christian, est «qui es-tu?». Non pas tellement ton nom, tes origines, ta profession, tes titres, des réussites, tes récompenses et ta reconnaissance sociale, mais quel genre de collègue, quel type de médecin, quel particularité de chercheur, de chef, de père, de mari… A chacune de ces questions, sur le plan professionnel et amical, chacun d’entre nous qui t’a côtoyé pourrait témoigner que tu étais brillant, fin, humble, honnête, fiable, respectueux des autres, éthique, agréable, calme et respecté de tous, peut-être un peu trop sérieux. Pour moi qui ai eu le privilège d’investir en toi en guidant tes premiers pas en neurologie, j’y ai tout de suite reconnu les caractéristiques d’un élève qui allait dépasser le maître, et le futur n’a fait que confirmer cette impression, et tu étais devenu un acteur fréquent dans mes impasses décisionnelles. Un espoir pour la génération future. Mais toute cette reconnaissance de tes pairs, visiblement, n’a pas pu te motiver à poursuivre ta brillante trajectoire. Toi qui avait peur de prendre une chambre d’hôtel plus haut que le deuxième étage, ou même un avion, quel courage d’affronter le vide. Ta motivation, il ne nous appartient pas de la connaître. Toi que beaucoup de jeunes prenaient comme modèle, tu nous a tous surpris et tu nous a laissé une leçon sur l’ordre de nos priorités quotidiennes. A ta famille, avec qui nous partageons tous la souffrance de ton vide et la profonde tristesse de ces instants, j’adresse toute notre sympathie et je te dis merci Christian d’avoir été qui tu as été pour nous, bonne éternité.
Jo Ghika
Von JOSEPH GHIKA