Cher Mathieu,
Il y a une semaine, tu me demandais si je souhaitais prononcer quelques mots à l’occasion de la cérémonie au temple de Saint-Jean. Je t’avais préparé une brève réponse disant que je le faisais bien volontiers, mais elle est restée dans ma boîte informatique, comme j’ai pu le constater aujourd’hui. Voilà donc pourquoi, lundi dernier j’ai quitté Saint-Jean avec mon petit texte dans ma poche… Il faut dire que ce que tu avais préparé m’avait vivement touché (comme aussi ce qu’ont dit avant toi Danièle et Théodore). Voici tout de même les quelques mots d’hommage que je voulais rendre à mon frère, ainsi qu’à vous, ses proches. Et merci pour ce que tu as été en ces jours de séparation douloureuse.
Ton oncle François
Augustin,
Je t’ai rencontré cinq ou six fois au long de l’année écoulée. Le plus souvent en public, au téléphone aussi parfois.
Et te voilà parti…
Lors de ces rencontres, on parlait de choses et d’autres. Rien de très essentiel. Mais j’avais le sentiment que tu tenais debout au prix d’une résistance constante à la douleur physique, qui ronge lentement, heure après heure.
En silence, tenant debout, quoi qu’il en coûte.
Et je pensais alors, comme je l’ai fait à bien des reprises, depuis bien des années, à ta passion dévorante pour ce métier exigeant qui était le tien, impitoyable. Et à ce poids qu’il te fallait porter sur tes épaules : le poids de cet espoir immense et souvent impossible, ce fol espoir de tous ceux qui, pendant tant d’années, t’ont confié leur carcasse. Et à la tienne qui devait porter tout cela.
Ce sont des pensées tristes qui viennent, et des mots tristes… Souffrance, solitude. Distance, silence. Mystère.
Mais quelle parole pour dire ce qui peut-être devrait être dit… à toi, Danièle, témoin la plus proche, après les jours heureux, de ces luttes et de ces souffrances.
À vous, Théodore, Mathieu, François, en recherche de ce père secret, complexe, tourmenté, paradoxal.
À toi Françoise, compagne de jours plus lointains, plus proches d’un Augustin espiègle et mutin, ce frère de notre enfance, ce jeune homme charmeur et brillant, avec qui nous disputions pendant des heures, des nuits presqu’entières, démontant et remontant nos pendules et morbiers, partageant sa passion de la musique et du chant, sa passion du beau, sous toutes ses formes, et son besoin d’organiser les choses jusque dans leur détail le plus fin, le plus secret.
Nous sommes là , maintenant, et sûrement nous voudrions n’avoir pas de raison d’y être.
Puisses-tu, Augustin, nous qui nous trouvons là aujourd’hui, puisses-tu nous aider à nous « trouver » dans l’autre sens du mot, en te retrouvant toi aussi, en esprit, tel qu’en toi-même tu as été, d’un bout à l’autre de ton existence terrestre.
Cher Augustin, nous ne pouvons plus rien pour toi.
Mais toi, peut-ĂŞtre pourras-tu encore beaucoup, pour nous.
f/29nov10
Von François Besson